Les banques françaises : Quels risques ?

Avertissement légal : tout ce qui suit ne reflète que le point de vue d'un investisseur individuel, qui n'est pas un professionnel du secteur bancaire. Les analyses ci-dessous ne constituent en aucune façon une incitation à retirer ou à placer des actifs dans une banque particulière.
Il appartient à chacun de faire ses choix en fonction de sa situation personnelle et de ses objectifs.


A) Le niveau de risque

On peut distinguer en France trois types de banques : 

1) Les grosses banques nationales ayant des activités importantes à l'international : Crédit Agricole, Société Générale, BNP.
2) Les banques basées sur un réseau régional, à fonctionnement mutualiste/coopératif : Caisses d'épargne, Crédit Mutuel, banques populaires.

3) Les...ou plutôt la grande banque possédée par l'état : la Banque Postale.
A chaque type correspond un profil de risque.

1) Les grandes banques nationales :
Elles ne sont évidemment pas en situation de faillite aujourd'hui, ni même en situation précaire, en tout cas au moment ou cet article a été rédigé (16/07/08). Elles ont  subi des pertes importantes liées à la crise financière, mais ont jusqu'ici pu trouver sans difficulté les capitaux nécessaires pour reconstituer un niveau de réserves suffisant par appel au marché.
Malgré tout, je pense qu'un risque ne peut pas être écarté si les conditions économiques devaient se dégrader fortement, pour plusieurs raisons : 
- La chute du cours de bourse, si elle se poursuit rendra les augmentations de capital éventuellement nécessaires et les appels au marché de plus en plus difficiles.
Au 16/07/08, nous avons déjà observé les baisses suivantes qui sont déjà assez exceptionnelles : -76% en un an pour Natixis, -68% en un peu plus d'un an pour la société générale, -68% également pour le Crédit Agricole sur la même période.
La BNP qui a jusqu'ici moins subi les conséquences de la crise a nettement mieux résisté (-44% sur les plus hauts « seulement »).

- L'exposition réelle associée aux crédits à risque et aux dérivés de crédit dans lesquels ces banques ont investi est totalement inconnue (l'étude des bilans comptables publiés ne permet pas vraiment d'estimer ce risque). Dans ce contexte « opaque », en cas de difficulté, les dirigeants ne laisseront rien filtrer et répèteront invariablement que tout va bien jusqu'au dernier moment . Quelques exemples : 
En août 2007, le directeur du crédit Agricole affirmait n'être que très peu exposé aux crédits à risque (100 millions sur les subprimes, 91 millions « net » sur les créances hypothécaires titrisées.
Moins d'un an après ces belles déclarations, nous apprenons via l'AFP que le crédit agricole a du passer 5 milliards d'euros de dépréciations à cause des crédits hypothécaires à risque.
Comment une exposition au risque inférieure à 200 millions a-t-elle pu générer 5 milliards de pertes ?...il y a là un mystère difficile à comprendre pour le particulier que je suis et logiquement deux possibilités : 
- Soit les dirigeants du C.A sont totalement incapables d'évaluer le risque associé à leurs investissements.
- Soit ils ont menti au public en août 2007.
Dans un cas comme dans l'autre, cela ne contribuera pas à améliorer la confiance des clients et actionnaires de cette banque !

Pour ma part, à partir de données de l'institut credit flux, j'avais signalé dans un article précédent la forte exposition du Crédit Agricole aux dérivés de crédit, qui occupait même le rang de N°1 mondial au T3 2007 en volume en terme de volumes notionnels, pour des montants de plusieurs dizaines de milliards de $.
Dans le même style, Natixis affirmait en août 2007 avoir liquidé tous ses engagements dans les crédits à risque (article de la Tribune)...moins d'un an plus tard et après une division par 4 de son cours de bourse, la réalité apparaît bien différente, et Natixis multiplie les demandes de capitaux frais à ses actionnaires.


2) Les banques régionales : 
Contrairement aux précédentes, l'activité de ces banques repose surtout sur la banque de détail en France, leur exposition aux marchés internationaux y est donc bien inférieure, et les risques associés aussi.
On y trouve en particulier : 
- Le groupe Crédit Mutuel / CIC (4ème groupe bancaire en France).
- Le groupe Banques Populaires.
- Les Caisses d'épargne.
Quelques précisions à avoir en tête
- Le Crédit Mutuel semble être un "bon élève", qui n'a montré jusqu'ici aucune exposition ou perte significative associée aux crédits à risque et dérivés, et s'est même offert le luxe de racheter cash la filiale allemande de Citigroup.
- Les Caisses d'épargne et les banques populaires ne sont en théories que très peu exposées aux crédits à risques...malgré tout leur filiale commune Natixis elle l'est fortement.
- Les Caisses d'épargne constituent une banque coopérative qui ne bénéfice pas directement de la garantie d'état. Par contre, leur « produit phare », le livret A bénéficie de celle-ci. Ce produit sera commercialisé par toutes les banques à partir du 1/1/2009.
Quelques précisions sur le Crédit Agricole, à la suite d'une remarque utile d'un lecteur du blog : Cette banque est à la fois 
- Un réseau de banques régionales (caisses régionales du crédit Agricole) peu exposées aux marchés internationaux, qui peut être assimilé aux autres banques régionales.
- Une banque nationale exposée aux marchés internationaux, surtout par l'intermédiaire de sa filiale Calyon, très active dans le secteur des dérivés de crédit.
Le réseau régional du C.A est actionnaire majoritaire de la banque "nationale" via la S.A.S "Rue de la Boétie".

3) La Banque Postale

Cette banque constitue une sorte d' « OVNI » dans le paysage bancaire français pour deux raisons : 
- Elle bénéficie (pour le moment) de la garantie de l'état, qui est son actionnaire.
- Son bilan a une structure très particulière : La banque postale débute à peine son activité dans le secteur du crédit, et reste massivement une banque d'épargne : 250 milliards d'épargne gérée pour un encours crédit de seulement 23 milliards d'encours de crédit (page 15 du rapport financier 2007). Cela constitue un cas de figure quasiment unique pour une banque, et évidemment un atout considérable sur le plan de la sécurité.
Vu ces particularités, mon opinion est donc que cette banque est aujourd'hui l'une des plus sûres au monde.
B) Les garanties des déposants en cas de faillite.

1) Le fonds de garantie des dépôts.

Ce « fonds de garantie des dépôts », le FGD est censé garantir les comptes bancaires de tous les français à hauteur de 70 000€ en cas de défaut d'une institution bancaire. Ce fonds étant doté de réserves insignifiantes (à peine plus de 2 milliards d'€, soit 35€ par français, voir ce document publié par le FGD), il est évident qu'il ne pourra couvrir une faillite bancaire importante, et encore moins plusieurs.
Dire que nos dépôts sont garantis à hauteur de 70 000 euros est donc à mon avis une pure illusion.

2) l'état.

En cas de faillite importante, l'état ne restera sans doute pas les bras croisés, et sera obligé d'intervenir pour éviter une panique générale. Il pourra donc au choix nationaliser les banques défaillantes en apportant sa garantie, ou bien créér un organisme de garantie à définir. Mais personne ne peut prévoir exactement quelles formes prendraient cette garantie : Elle peut être totale, comme cela a été le cas pour le crédit Lyonnais dans les années 90, mais si les montants en jeu sont trop grands, l'état pourra aussi décider de ne couvrir les comptes que jusqu'à un niveau donné (comme les clients d'Indymac aux USA qui ont vu leurs comptes garantis à concurrence de 100 000$).

-> Pour les petits épargnants, le risque associé à une faillite bancaire est sans doute faible...Par contre les gros épargnants devraient à mon avis se préoccuper de la solidité de leur banque, le principe du « too big to fail » étant sans doute vrai, mais jusqu'à un certain point !