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inflation et déflation

Mardi 1 décembre 2009 2 01 /12 /Déc /2009 15:54
Les partisans des politiques actuelles de fuite en avant massive dans le déficit public, censées relancer la demande ou limiter les conséquences de la crise nous donnent souvent l'argument suivant : La dette publique étant à taux fixe, il suffirait d'un coup de "baguette magique" inflationniste pour "effacer l'ardoise" et remettre les compteurs à zéro.
Par exemple, 10 ans d'inflation à 10% diminuent environ d'un facteur 2,5 le poids relatif d'une dette (en monnaie constante).

Cet argument est vrai dans un seul cas : Lorsque la dette est à taux fixe, et à échéance suffisamment longue pour que l'agent endetté ait le temps de bénéficier des effets de l'inflation.

Dans le cas qui nous intéresse, celui de l'état fédéral US, la réalité est beaucoup moins rose que ce que les adeptes du déficit et la fuite en avant dans la dette à la Krugman racontent.

Voici un graphique tiré du site gouvernemental US "treasury direct", avec la source ici.
Il représente les échéances (en années et pourcentages cumulées) de remboursement de la dette publique nette (hors dette intragouvernementale) US, et hors TIPs (obligations d'état indexées sur l'inflation), ces TIPs représentant environ 7,8% de la dette nette totale.



Ce graphique nous montre clairement le problème : la majorité de la dette publique US est une dette de court terme : 53% de cette dette devra être remboursée dans moins de 2 ans, 67% dans moins de 4 ans, 75% dans moins de 5 ans.
Cette structure oblige l'état à se refinancer en permanence, c'est à dire à souscrire de nouveaux emprunts pour rembourser les précédents (et financer en plus son déficit).

Vu cette structure de dette à large dominante court terme, l'état ne profiterait que très peu d'une reprise de l'inflation, parce qu'il serait obligé de refinancer en moins de 4 ans les 2/3 de sa dette, et que ce refinancement se ferait alors au prix fort (en cas de reprise inflationniste, les taux flambent). Cette proportion de la dette sensible aux taux est en fait encore plus élevée si on prend en compte les TIPs qui sont immédiatement impactés par une variation du taux d'inflation.
Si on prend comme référence un taux d'endettement net pour les USA de 100% du PIB (nous y serons en 3 ans environ au rythme de fuite en avant actuel), et un taux d'inflation de 10% (ce qu'il faudrait pour ramener la dette actuelle à des niveaux raisonnables en 10 ans), l'état se refinancerait alors à un taux de 12-14% environ...La seule charge de l'intérêt de la dette publique représenterait alors plus de 10% du PIB au bout  de 3 ans !

Plus grave encore, en cas de perte de confiance du marché, avec une structure de dette à aussi court terme, la situation deviendrait très vite incontrôlable pour l'état US : Celui-ci doit rembourser en effet dans moins d'un an près de 3000 milliards de $, et il n'en a évidemment pas les moyens : Ses recettes annuelles actuelles sont de 2104 milliards / an, et ses dépenses sont de 3521 milliards (source : trésor US).
Toute perte de confiance du marché conduirait donc l'état US à devoir se refinancer à des taux bien plus élevés, ce qui augmenterait encore son déficit, et augmenterait encore la peur du marché et la hausse des taux...Cercle infernal qui pourrait alors conduire à une situation de faillite pure et simple de l'état.
Bien entendu nous n'en sommes pas là encore, mais le danger existera dans quelques années si les politiques actuelles (issues des mêmes conceptions économiques irresponsables de fuite en avant qui ont provoqué la crise actuelle) sont maintenues.

Ces politiques n'ont rien réglé jusqu'ici, nous le voyons aussi bien au Japon qu'aux USA.
Les USA n'ont obtenu qu'un maigre palier de quelques mois dans la crise, les ventes de logements neufs, l'activité industrielle et les ventes au détail ne redémarrant toujours pas, et le chômage continuant de progresser, bien au delà des estimations de beaucoup d'experts.
Ce palier de quelques mois a été obtenu au prix d'une déterioration considérable de la marge de manoeuvre et des ratios d'endettement de l'état.

La poursuite d'une telle politique est non seulement une impasse (l'inflation souhaitée ne règlerait rien), mais elle porte en elle des risques d'implosion du système monétaire dont les conséquences seraient encore beaucoup plus graves que la crise actuelle.

Les partisans de ce type de politiques de relance par le déficit sont donc pour moi de dangereux irresponsables.

Au niveau de l'épargnant, rien de changé malgré tout, tant que les taux restent aussi bas sur l'ensemble des pays industrialisés. Les gouvernements des différents pays concernés n'ont absolument pas les moyens de contrôler la totalité de la courbe des taux, et ce signal reste pour moi fiable (bien plus que l'or, dans une phase de hausse parabolique qui ressemble de plus en plus à une bulle spéculative, au moins pour la partie de la courbe au dessus de 950$)) , malgré le quantitative easing en cours, à condition d'observer l'ensemble de la courbe des taux.
C'est donc pour le moment le risque déflationniste qui domine largement, et cette situation peut durer assez longtemps comme nous l'avons vu au Japon.
Cela n'empêche bien sûr pas qu'il est toujours utile de conserver 5-7% d'or physique à titre d'assurance dans son patrimoine.



Par loïc abadie - Publié dans : inflation et déflation
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Dimanche 13 septembre 2009 7 13 /09 /Sep /2009 17:52
J'ai déjà parlé à plusieurs reprises (catégorie inflation / déflation du blog) d'une première force de nature à limiter fortement la capacité des dirigeants à créer une quantité de monnaie et de dette suffisante pour contrer l'implosion en cours de la bulle de crédit privé à l'origine de la crise actuelle : Le fait qu'au delà d'un certain niveau de fuite en avant dans la dette de l'état et des autorités monétaires, le marché refuserait d'absorber les suppléments de dette et que les taux monteraient, ce qui ne ferait que précipiter le deleveraging et au final la déflation.

Mais depuis quelques mois, une autre force commence à se manifester : celle de la foule.

Avant la crise, la confiance était très élevée, et l'aversion au risque quasiment nulle : les opérateurs s'endettaient massivement, les ménages avaient un taux d'épargne historiquement bas et voisin de 0.
Cette situation était le résultat d'une période de stabilité et de calme assez exceptionnelle, en cours depuis plusieurs décennies (en gros depuis l'après-guerre aux USA, sensation de sécurité qui a encore augmenté avec la fin de la guerre froide).
Avec l'arrivée de la crise, cette vague de confiance a commencé à refluer, et les opérateurs ont redécouvert l'aversion au risque, et commencent à adopter des comportements plus frugaux...A l'exception de l'état bien entendu, qui pratique la fuite en avant dans la dette au rythme moyen de 1500 à 2000 milliards de $/an aux USA.

La grande nouveauté est que les électeurs américains commencent aujourd'hui à demander à l'état plus de maîtrise des dépenses, et commencent à s'inquiéter de l'explosion des déficits publics...En un mot, ils demandent à l'état plus de frugalité, ce qui va à l'encontre des politiques actuelles de relance de la consommation par le déficit et la dette.

Quelques faits :

- Le pourcentage d'avis favorables sur la politique du Congrès est au plus bas depuis 24 ans (sondage du 2/9, article).
- Le déficit public fait maintenant partie des 5 principales sources d'inquiétude des ménages US (article).
- La cote de popularité d'Obama chute régulièrement depuis plusieurs mois, principalement à cause de la politique économique : lien 1   lien 2.

Encore bien plus étonnant, une manifestation contre la réforme du système de santé et les dépenses publiques excessives  a eu lieu ce samedi (12/9/09) sous le nom de "tea party". Le nombre de participants a été apparemment exceptionnel, et au delà des prévisions, avec des estimations allant jusqu'à 2 millions de personnes (mais très variable évidemment selon le bord politique d'où elles viennent). article 1 (examiner) ;  article 2 (daily mail)

Il aurait certainement été inimaginable que dans la période de bulle des années 90 - début 2000 1 ou 2 millions de personnes manifestent  (ou même simplement quelques centaines de milliers) pour demander des choses aussi surprenantes que "moins de protection sociale", "moins de dépenses publiques" et "plus de rigueur budgétaire". Nous sommes ici à l'opposé exact du "toujours plus" décrit par François de Closets au sujet de la France.

Ces évolutions se produisent pourtant à un moment où la récession marque une pause, et où le contexte est relativement favorable à l'équipe dirigeante en place...Si la récession reprend dans les années à venir comme je le pense, l'aversion au risque augmentera encore, et avec elle la pression de la foule vers plus de frugalité et de rigueur. Et les dirigeants, très sensibles à l'opinion publique pourraient alors changer de politique et abandonner la doctrine  actuelle (relance incessante de la demande par les déficits publics et la dette).

Tout cela est évidemment déflationniste.

Un dernier graphique pour finir : les prêts des banques commerciales (stat H8 de la FED).

Nous constatons que malgré tous les efforts déployés par l'état et la politique de quantitative easing mise en oeuvre, la contraction du crédit s'est nettement accélérée depuis trois mois, et que nous sommes repassés sous la barre des 7000 milliards de $, et aussi sous le niveau du début de la politique de Q.E qui remonte à l'automne 2008. L'état n'a apparemment pas la capacité de s'opposer à l'implosion de la bulle de crédit en cours, et l'aura de moins en moins à l'avenir...Négliger la force des pressions déflationnistes à l'oeuvre actuellement  et pour les prochaines années est à mon avis une grosse erreur, surtout si l'évolution du sentiment dominant vers la frugalité se confirme à l'avenir au sein de l'électorat US !











Par loïc abadie - Publié dans : inflation et déflation
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Mercredi 11 mars 2009 3 11 /03 /Mars /2009 05:36

Rappel : charte du blog


La déflation d'actifs générale qui nous a concernés en 2008 commence comme je l'attendais à s'étendre aux prix à la consommation (taux d'inflation négatif sur un an) dans plusieurs pays importants. Bien entendu, les économistes qui ont anticipé le contraire et n'avaient pas vu arriver la crise nous garantissent qu'il ne s'agit pas d'un phénomène sérieux, et que la tendance va s'inverser grâce une supposée "reprise" générée par des plans de relance qui ont tous échoué jusqu'ici et qui se mettraient soudainement à fonctionner.


L'Irlande , en déflation pour la première fois depuis plus de 45 ans.


La Chine, en déflation pour la première fois depuis 2002, avec une chute des prix à la consommation de 1,6% sur un an. 


Le Japon : ce pays s'apprête à retourner dans la zone de la déflation qu'il avait temporairement quitté.

L'inflation y est pour le moment de 0%


Les USA :   Le taux d'inflation y est pour le moment de 0% également. Ce pays est donc sur le point d'entrer dans la zone déflation.

La Grande-Bretagne : Malgré la forte dévaluation de la livre face aux autres monnaies (rappelons que nous sommes dans un régime de changes flottants, et que c'est le marché et non les états qui décident de la valeur des monnaies), qui aurait du avoir un effet inflationniste, le taux d'inflation y a chuté rapidement, et n'était plus que de 0,1% sur un an en janvier. Cela montre bien la force de la tendance en cours, largement capable de contrer les effets d'une dévaluation importante. 


Ces observations sont l'occasion de parler de l'effet des politiques monétaires sur l'inflation : 

Les USA ont fait "tout ce qu'il fallait" en 2008 pour relancer l'inflation : baisse des taux massive supposée "relancer le crédit", déficit et forte hausse de la dette publique, politique de quantitative easing à partir de septembre 2008, avec un gonflement du bilan de la FED qui s'est mise à prendre en pension toutes sortes d'actifs plus ou moins douteux pour fournir en échange une masse de liquidités aux banques. Malgré cela, comme au Japon, ces mesures n'ont eu aucun effet sur la progression de la crise et sur le taux d'inflation.


Nos dirigeants, conseillés par des économistes keynésiens convaincus de la validité de leurs modèles monétaires imaginent sans doute que l'économie réagira sagement et conformément à leurs "multiplicateurs keynésiens" et autres équations plus ou moins compliquées, qui ont prouvé leur échec jusqu'ici.

Ils pensent que l'inflation est proportionnelle au rythme de création monétaire, et qu'elle peut se piloter à volonté, comme dans le schéma ci-dessous (avec éventuellement un petit temps de retard déflationniste comme sur la courbe verte) :




Ils oublient un point essentiel : Nous sommes dans une situation de crise exceptionnelle, face à la plus grande bulle de crédit de l'histoire, et face à un retournement de psychologie des foule lui aussi exceptionnel : Une masse d'opérateurs qui avait baigné dans une douce euphorie depuis plus de 20 ans est en train de revenir à la réalité. Et quand on a tiré l'élastique vers un extrême (optimiste), il revient avec force vers l'autre extrême (pessimiste).

Cette psychologie des foules ne se met pas en équations, elle n'est pas linéaire mais "avalancheuse", avec des effets de seuil brutaux et impossibles à prévoir et à piloter.


Plus clairement, dans le contexte actuel, au lieu du gentil modèle linéaire de nos économistes keynésiens, le vrai "modèle de réaction monétaire" a toutes les chances de ressembler à ceci :





Avec trois cas de figure :


1) Absence totale d'intervention de l'état : vu la masse d'actifs douteux présents dans les banques, un bank run généralisé a de fortes chances de se produire (perte totale de confiance dans le système bancaire, tout le monde se précipite aux guichets des banques en craignant leur faillite).


2) Intervention limitée de l'état (liquidation ordonnée de la bulle de crédit) :


- Jusqu'à un certain niveau (comme pour les USA jusqu'ici et comme pour le Japon), le "malade" refuse de répondre aux "stimulations" : la déflation se maintient malgré la création monétaire, les opérateurs préférant attendre avoir du cash plutôt que des actifs qui baissent. Cela est vrai tant que la peur de détenir du cash est inférieure à la peur de détenir d'autres actifs.

 

3) Intervention excessive de l'état (poursuite de la fuite en avant keynésienne dans le crédit)


- Au dela d'une certain niveau de fuite en avant et de création monétaire (c'est à dire de déficits publics et d'impression de fausse monnaie), la peur de détenir du cash finira par devenir supérieure à la peur de détenir d'autres actifs...Seul problème : La peur n'est pas un sentiment qui se pilote ou se met en équations. En situation de crise elle évolue en panique.

On obtient alors un effet d'avalanche, où tous les opérateurs chercheront à changer leur cash pour d'autres actifs (et des monnaies jugées plus sûres d'autres pays). Et on passerait alors très rapidement du mode "déflation" au mode "Zimbabwe" qui aurait des conséquences bien pires encore.

Bien entendu, et quoi qu'en disent nos divers économistes keynésiens (nobelisés ou non) qui conseillent actuellement presque tous les décideurs politiques, personne n'a la moindre idée de l'endroit où se situe cette limite. L'expérience du Japon nous montre simplement qu'elle est sans doute encore assez éloignée...Espérons que les dirigeants se montreront suffisamment raisonnables pour ne pas la franchir !


Par loïc abadie - Publié dans : inflation et déflation
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Vendredi 5 décembre 2008 5 05 /12 /Déc /2008 18:11

Nous entendons aujourd'hui beaucoup de discours sur la forte hausse de l'agrégat M1 aux USA (qui dépasse 14% / an sur les 6 derniers mois) et frôle les 20% sur les 3 derniers mois. Je ne la nie évidemment pas, et elle est bien visible sur ce graphe.

Selon certains commentateurs, cette évolution serait censée annoncer une forte dévaluation du $, donc une reprise de l'inflation (voire même une "hyperinflation").

 

Il est donc utile de se reporter à l'expérience japonaise, qui reste un modèle "réduit" de crédit crunch bien utile à étudier par rapport à ce qui se produit actuellement aux USA et en Europe.

Voici donc les faits :

 

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source : econstats

L'agrégat M1 a augmenté à un rythme élevé, de l'ordre de 10%/an à partir du milieu des années 90. Le "quantitative easing" a conduit à une flambée de la croissance de l'agrégat M1 à plus de 30% par an à partir de 2002.

L'agrégat M1 a triplé entre 1991 et 2003 sous l'effet des politiques monétaires de lutte contre la déflation.

Résultat : 

- Aucune inflation constatée au Japon, au contraire !

- Aucune dévaluation du yen, au contraire, de 2002 à 2004, le yen a gagné  plus de 25% face au $, alors que l'expansion de M1 était à son maximum.

- Des taux sur les bons du trésor qui sont restés les plus bas au monde, malgré l'"explosion" de M1, le triplement de taille du bilan de la banque centrale japonaise, et une explosion du niveau d'endettement public japonais (voir cet article du blog "immobilier japon")

Conclusion : il faut se méfier des raisonnements en apparence logique, mais trop simplistes, et ne pas chercher à avoir raison trop tôt. L'expérience japonaise nous montre qu'une hausse de l'agrégat M1, lorsqu'elle est provoquée artificiellement par une politique gouvernementale de "quantitative easing" n'a aucune valeur prédictive sur le niveau d'inflation, en tout cas à court et moyen terme.

Le vrai indicateur à surveiller est les taux sur les emprunts d'état (à la fois sur les échéances courtes et longues). Ces taux, actuellement à des niveaux historiquement bas pointent aujourd'hui plus que jamais vers la déflation. Ils se sont même effondrés de plus de 1% en quelques semaines, et le signal est confirmé par d'autres indicateurs (le Baltic dry index enchaîne record sur record à la baisse, le pétrole approche la barre des 40$/baril).

Le cash reste plus que jamais aujourd'hui le choix à privilégier (que ce soit en yens, en $ ou en euros)...et les taux nous signaleront largement à temps lorsque le moment sera venu de changer éventuellement de stratégie.

Par loïc abadie - Publié dans : inflation et déflation
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Mercredi 19 novembre 2008 3 19 /11 /Nov /2008 15:08

Depuis environ 2 mois, la FED est visiblement en train d'adopter une politique monétaire déjà expérimentée au Japon de 2001 à 2005 dans le cadre de la lutte contre la déflation, appelée "quantitative easing". C'est un terme dont on va sans doute entendre parler de plus en plus dans les mois qui viennent).

Cette politique (une nouvelle invention totalement inutile issue des théories keynésiennes) consiste à fournir au système bancaire beaucoup plus de liquidités que ce dont il a besoin via une augmentation massive du bilan de la banque centrale, dans l'espoir que les banques se mettront à prêter plus et relanceront ainsi l'économie.

Les banques US sont déjà "noyées sous les liquidités" et "parquent" une partie de ces réserves en excès chez la FED : 

Plus simplement, il s'agit d'une nième tentative de fuite en avant dans le crédit pour tenter de relancer un modèle économique totalement périmé.

 

Voici le bilan de la FED depuis le début 2008 :

Nous voyons très bien la politique de gonflement très important du bilan de la FED depuis 2 mois (celui ci est passé de 900 à 2200 milliards de $).

Si on se reporte à l'expérience japonaise, il y a encore de la marge, vu que la banque centrale du Japon avait à l'époque "grossi" son bilan jusqu'à 30% du PIB. Pour la FED cela correspondrait à un bilan d'environ 4500 milliards de $.

Qu'est ce que le "quantitative easing" japonais a produit comme résultats ?

Pas grand chose si l'on en croit un article...de la réserve fédérale, à une époque (en 2006) où elle n'imaginait pas se lancer un jour dans ce type de politique.la FED d'alors disait donc : "While there is little evidence that quantitative easing stimulated overall lending activity, there does appear to be some evidence that quantitative easing disproportionately supported the weakest Japanese banks."

En clair : le quantitative easing n'a pas été efficace en matière de relance du crédit, et a surtout servi à soutenir les banques les plus mauvaises (donc à retarder les réformes structurelles indispensables). Avec 2 ans de recul supplémentaires, nous constatons que le Japon est en train de replonger dans la récession et que la menace de déflation y est plus présente que jamais.

Un article de reuters sur le quantitative easing aux USA

Que pouvons nous retirer de cette évolution nouvelle dans la politique monétaire de la FED ?

1) Nous avons confirmation (pour ceux qui en doutaient) que la FED est bien en train de tenter (à mon avis sans aucun espoir de réussite) de lutter, comme le Japon l'a fait, contre la déflation naissante via la politique de quantitative easing, et reconnaît donc plus que jamais la réalité de cette menace.

2) L'expérience japonaise de 2001-2005 a montré que l'inflation et la croissance n'avaient pas été relancées de façon significative par cette politique. Ce qui est logique : en l'absence d'emprunteur intéressé, le crédit ne repart pas même si les liquidités sont abondantes. La petite reprise de l'économie japonaise après 2003 doit bien plus à la conjoncture mondiale qu'à la politique monétaire (le Japon étant de nouveau en récession depuis 2008).

La croissance ne se décrète pas par du "pilotage monétaire" ou de la "stimulation de consommateurs"...Pour cela il faut travailler et produire, c'est tout.

3) La FED reconnaît implicitement que sa politique de taux 0 a échoué puisqu'elle en est réduite à essayer autre chose.

La dernière bulle de cette crise, la bulle de l'intervention étatiste sur le crédit  et des utopies keynésiennes, implosera à son tour comme les autres bulles, d'une façon ou d'une autre.

 

Par loïc abadie - Publié dans : inflation et déflation
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Vendredi 17 octobre 2008 5 17 /10 /Oct /2008 16:23

Un petit "bilan des courses" intermédiaire sur les performances du cash comparées à d'autres actifs.

Par rapport au dernier pointage, le bilan s'est encore sensiblement aggravé pour de nombreux actifs, en particulier pour les actifs préférés des inflationnistes (matières premières, mines, mines d'or).

La déflation globale d'actifs est en pleine action depuis 2008...Restez à l'abri, évitez les fausses "valeurs refuges" que l'on vous proposera, et observez les faits plutôt que les discours que vous entendrez ici ou là sur le thème "le cash ne vaut rien" !

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Même l'or physique commence à donner de nouveaux signes de faiblesse, confirmant pour l'instant son entrée en marché baissier (au sens de Weinstein), avec un nouvel objectif possible entre 600 et 650$ (à suivre). Rappelons que l'on peut en avoir pour une petite part de son patrimoine (5-7% de physique), mais à mon avis uniquement à titre d'assurance contre des évènements très improbables (retour à l'étalon or par exemple).

La tendance actuelle n'est pas du tout haussière sur l'or...N'oublions pas que la demande en bijouterie (70% de la consommation mondiale annuelle en or) sera impactée de plein fouet par la récession qui se développe actuellement.

 

 

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Lundi 13 octobre 2008 1 13 /10 /Oct /2008 06:45

Suite aux nombreux commentaires et questions sur le thème inflation / déflation, j'ai placé en cadre de gauche du blog une page permanente sur ce sujet, qui sera une sorte de "FAQ" ayant pour but d'expliquer et de défendre cette thèse de la déflation qui peut sembler illogique.

La page est consultable ici : 

http://tropicalbear.over-blog.com/pages/Comprendre_la_deflation-770777.html

 

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Mardi 15 juillet 2008 2 15 /07 /Juil /2008 08:57
Une autre conséquence des difficultés bancaires et de la chute de l'immobilier est de porter un coup d'arrêt à l'expansion incontrôlée du crédit.
Cette conséquence ne fait pas la une des journaux, on n'en parle même quasiment pas parce qu'elle n'est pas "spectaculaire" comme une grosse faillite bancaire, mais c'est sans doute à terme la plus grave de toutes pour les économies des USA et de l'Europe.
Parce dans des modèles économiques qui ne reposent que sur la dette, la fin du crédit facile provoquera rapidement une chute de la consommation et une extension de la crise à tous les secteurs de l'économie.
Les dernières statistiques sur le crédit de la FED indiquent de plus en plus clairement que des décennies d'expansion de la dette sont en train de prendre fin aux USA :
L'évolution du crédit bancaire total sur 13 semaines (1 trimestre) montre ainsi la plus forte contraction du crédit jamais observée depuis le début de la publication des statistiques de la FED (35 ans).
Par loïc abadie - Publié dans : inflation et déflation
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Samedi 10 mai 2008 6 10 /05 /Mai /2008 18:23

En réponse à de nombreux commentaires sur le blog à ce sujet qui est plus que jamais d'actualité, voici un petit point sur les agrégats monétaires, l'inflation et la déflation.

Le but de cet article n'est pas de rentrer dans le détail de la composition des agrégats monétaires, mais plutôt de voir leurs liens avec le crédit, la déflation ou l'inflation et la politique économique.

La création monétaire.

Schématiquement, la monnaie peut être créée de deux façons :

  • Sous forme classique, qui est celle qui est connue dans «l'imaginaire collectif»: la banque centrale (BCE ou FED) imprime des billets ou des pièces, c'est ce que la presse économique appelle la «planche à billets».
  • Par le crédit, aujourd'hui sous forme essentiellement numérique aujourd'hui: A chaque fois qu'un ménage vient emprunter à sa banque de l'argent, il pourra ensuite dépenser l'argent ainsi obtenu, ou le placer sur des comptes divers: il y a création de monnaie. Cette monnaie est temporaire (elle disparaît dès que le prêt est remboursé), mais dans un environnement où la dette globale augmente, on a ainsi une création continue de monnaie.

Un point essentiel à signaler : la « planche à billets » est sous la responsabilité des banques centrales type FED, mais la création de monnaie associée au crédit n'est pas directement contrôlée par les banques centrales.

Ce sont les banques privées et la demande de crédit des ménages qui la contrôlent, et c'est aujourd'hui la forme largement dominante de création monétaire.

Pour mesurer la quantité de monnaie en circulation, on peut utiliser différentes définitions :

- Au sens le plus strict, la masse des pièces et billets en circulation.

Cet agrégat pèse 759 milliards de $ aujourd'hui, et il est par définition directement contrôlé par la FED. Sa vitesse de croissance chute régulièrement depuis 2003 : contrairement à ce que certains affirment, la FED fait tourner la planche à billets au ralenti !

Voir ce graphique

- Très proche de cela, nous avons l'agrégat M1 (1372 milliards), lui aussi très lié à la « planche à billets » de la FED. M1 n'augmente pratiquement pas depuis 2 ans.

- A l'autre bout de la chaîne, nous avons l'agrégat M3, qui prend en compte une définition de la monnaie beaucoup plus large. La Fed a cessé de publier ses données sur M3 en 2006, on en était alors à un niveau de 10200 milliards de $. En extrapolant les tendances de 2006 et l'évolution d'un autre agrégat (M2), on peut estimer que nous sommes aujourd'hui à environ 13000 milliards de $ pour M3 (presque 10 fois plus que M1).

Contrairement à M1, M3 est actuellement en croissance rapide (13 à 15%/an), et on observe la même tendance en Europe.

Un point essentiel à signaler : M3 est lié essentiellement à la partie « crédit » de la création monétaire (justement celle que les banques centrales ne contrôlent pas directement). 
Ceux qui affirment que la FED fait « fonctionner la planche à billets » ou "fabrique de la monnaie anarchiquement" parce que M3 augmente n'ont pas compris ce qu'est l'agrégat M3, et ce qui contrôle son évolution.
 

Les liens entre M3 (monnaie au sens large) et inflation.

Beaucoup de partisans des thèses inflationnistes avancent en argument que la forte hausse actuelle de M3 serait un signe d'inflation. En réalité, dans une situation comme la situation actuelle ou la situation du Japon dans les années 80-90, il n'y a aucun rapport entre M3 et niveau d'inflation : la monnaie « M3 » est créée par les ménages et acteurs économiques qui accumulent les emprunts, pas par la banque centrale.

 Voici un graphique extrait d'un article très intéressant  publié sur gold eagle par Heinrich Léopold.



Il montre l'évolution d'un agrégat analogue à M3 et de l'inflation au Japon entre 1980 et 2000. J
'ai vérifié les informations publiées sur d'autres sources, ce graphique est exact.

La forte croissance de la masse monétaire large (type M3) au Japon n'a non seulement pas provoqué d'inflation, mais a été suivi d'une décennie de stagnation des prix à la consommation associée à l'implosion de la bulle de crédit japonaise. Dès que la crise du crédit s'est accentuée au Japon à partir 1991, M3 a brutalement stoppé son expansion.

 L'inflation d'aujourd'hui est provoquée par la forte demande des pays émergents, principalement en matières premières, certainement pas par la politique monétaire des USA. Si cette demande continue de croître rapidement, les pressions inflationnistes persisteront, sinon (cad si les émergents sont touchés par la crise en cours), elles disparaîtront pour laisser la place à une récession déflationniste.

La FED peut-elle conduire délibérément une politique inflationniste ?

 Nous avons vu que la FED ne crée que très peu de monnaie aujourd'hui, contrairement aux idées reçues. On peut se demander si elle va changer de politique à l'avenir.

En théorie, la FED a le pouvoir de relancer l'inflation : elle pourrait par exemple tripler la masse de $ existants en billets et pièces (ce qui est sous son contrôle) et faire « exploser » à la hausse la quantité de monnaie au sens strict (M1) : la valeur théorique du $ serait divisée par 3, et on multiplierait ensuite les salaires par 3...les épargnants seraient globalement ruinés, mais la dette en excès aurait été gommée par l'inflation.

En pratique, cette solution "sympathique" est impossible à appliquer pour deux raisons :

- Si la FED se lançait dans cette «aventure», les marchés et les pays étrangers perdraient toute confiance dans le $ : la chute de sa valeur dépasseraient largement ce qui aurait été prévu, et les américains ne pourraient plus acheter à l'étranger les produits dont ils ont besoin (et perdraient toute crédibilité économique sur le plan international).

- L'inflation ferait flamber les taux d'intérêt, ce qui reviendrait à assommer définitivement les emprunteurs et à détruire d'un coup tous les efforts de la FED en matière de baisse des taux. A titre d'exemple, prenons un prêt de 200 000$ sur 30 ans, à annuités constantes :

A 6% d'intérêt, l'annuité de ce prêt est de 14 579$...mais à 15% d'intérêt (taux habituels sur les emprunts observés en situation de forte inflation) elle double à plus de 30 000$.

 Donc à l'avenir, la FED ne pourra pas vraiment utiliser sa planche à billets, même si elle aimerait pouvoir le faire !

Et l'état ?

 Il a une marge de manœuvre plus grande que la FED : la dette publique US est d'environ 10 000 milliards de $ soit environ 11 fois ce qui est au bilan de la FED. En situation de forte récession, il est très probable que les dirigeants laisseront filer les déficits, sur le modèle japonais (il y a une « marge » entre le ratio dette publique / PIB à 65% des USA et celui du Japon qui dépasse 130%).

Il y aura à la fois moins de rentrées fiscales à cause du PIB qui chute, et plus de dépenses pour : 
- venir en aide aux institutions bancaires en difficulté, si nécessaire en nationalisant une partie des mauvais crédits.
- venir en aide aux personnes les plus durement touchées par la crise
- tenter de relancer l'économie par divers "plans".

Mais là aussi, la marge de manœuvre sera réduite  : tout déficit excessif se soldera aussi par une perte de confiance dans la solidité financière de l'état, donc du $ (le $ étant une monnaie papier garantie au final par des bons du trésor, donc par la capacité de remboursement de l'état émetteur).
On revient à la menace de hausse des taux d'intérêt et de perte de pouvoir d'achat qui ne ferait qu'aggraver la crise initiale.

Au final, ce ne seront pas les politiques, mais le marché et les détenteurs (américains ou étrangers) de bons du trésor US qui décideront de cette marge de manœuvre, par leur appétit d'achat envers les bons du trésor US. Elle sera au maximum de quelques points de PIB de déficit public en plus, soit quelques centaines de milliards de $ annuels (et encore, à condition que les recettes fiscales ne chutent pas trop).

Une chose est sûre : Si cela peut "adoucir" un peu le choc en étalant la crise, rien ne pourra compenser l'absence des 4000 milliards de $ annuels de dettes supplémentaires qui ont "nourri le système" jusqu'ici.

Par loïc abadie - Publié dans : inflation et déflation
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Lundi 10 mars 2008 1 10 /03 /Mars /2008 14:41
Je reprends le fil de ce blog après quelques semaines où le temps m’a manqué pour cela, et vais répondre prochainement aux commentaires et mails que vous avez postés dans cette période.
 
Deux marchés anticipent actuellement deux situations économiques opposées :
Les matières premières, en particulier le pétrole, l’or et les matières premières agricoles anticipent une accélération de l’inflation, alors que les marchés obligataires avec des taux historiquement bas anticipent au contraire une disparition de l’inflation, et des menaces déflationnistes. L’un des deux va donc se tromper, reste à savoir lequel.
 
Pour mieux comprendre ce qui se passe, il faut en revenir aux relations économiques entre pays développés (Amérique du Nord / Europe / Japon principalement) et pays émergents (Chine et Inde en particulier).

La petite poussée inflationniste observée depuis 2006-2007 (qui commence à devenir sérieuse aux USA avec une inflation de plus de 4%) n’a rien à voir avec une soi-disant action dans le sens d’une création anarchique de monnaie des banques centrales ou des gouvernements.
Au contraire, l’agrégat M1 reste quasiment stable, et c’est lui qui mesure le mieux cette action.
Pour en trouver la cause, il faut donc aller chez les pays émergents.
La Chine occupe aujourd’hui une part encore assez faible du PIB mondial (un peu moins de 6%) et l’Inde encore plus faible (un peu plus de 2%).
 
Par contre, des pays comme la Chine et l’Inde sont déjà la « fabrique du monde », et exercent une influence déjà très forte sur les marchés de matières premières : La Chine est le 1er émetteur mondial de CO2, 2ème consommateur mondial de pétrole, et 1er consommateur de nombreux métaux de base, ou encore le 1er producteur et consommateur mondial de céréales.
C’est donc bien la croissance des émergents qui fait aujourd’hui le cours des matières premières et a provoqué les tendances inflationnistes de 2006-2007.

2007 a été caractérisé par un découplage total entre les USA et la Chine : ralentissement modéré aux USA, forte croissance en Chine.
Pour que l’inflation cède la place à la déflation, il faut que ce découplage cesse, donc qu’il y ait une contagion au moins partielle de la crise dans les pays émergents. Cela demande du temps et plusieurs étapes  :
 
1)      baisse de la demande en biens immobiliers aux USA + hausse des faillites d’emprunteurs (depuis 2007)
2)      chute des prix immobiliers, crise du marché hypothécaire et du secteur financier (fin 2007, 2008)
3)      ralentissement de la consommation, de la croissance du crédit et récession légère (à partir du début 2008 aux USA).
4)      récession s’aggravant et s’étendant à l’Europe, forte chute de la consommation et contraction du crédit (à venir)
5)      chute des importations en provenance des pays émergents (à venir)
6)      baisse de production industrielle des pays émergents (les exportations de la Chine représentent 40% de son PIB) et baisse de la demande en mat 1ères. (à venir)
 
Le passage d’une étape à l’autre n’est pas instantané, ce qui explique qu’en ce moment les matières premières résistent bien (et l’inflation avec) alors que les USA commencent à entrer en récession.

Ce graphique, sur 2007, montre  une croissance en monnaie courante des exportations chinoises de 20% en rythme annuel, sans aucun signe de ralentissement.
On retrouve dans cette étude un niveau de croissance de 15 à 20% par an ces dernières années au niveau des exportations vers l’Europe.
 
Le premier signe d’une contagion à la Chine ne date que de février 2008, cet article  montrant une contraction d’un tiers de l’excédent commercial chinois à cause d’un ralentissement de la croissance des exportations vers les USA. ce signe est pour l’instant encore modeste et demande à être confirmé. Mais quand cette contagion sera en place, les investisseurs verront à leur grand étonnement la petite poussée inflationniste en cours laisser place à une récession / déflation puissante avec une chute générale de tous les actifs et de tous les prix…et c’est le marché obligataire qui aura eu raison au final !
 
 
 
 
Par loïc abadie - Publié dans : inflation et déflation
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