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psychologie des foules

Dimanche 18 mars 2007

Un autre aspect important de la déflation est qu'elle est associée à de gros changements dans la psychologie des foules qui guident à leur tour la politique et l'économie des pays concernés. Connaître ces changements aide à mieux comprendre les évolutions de la société en cours et à venir.

Vous pouvez télécharger ci dessous un tableau (pdf) qui résume les principaux changements à attendre.

Lien de téléchargement

Certaines rubriques du tableau sont adaptées du livre de Bob Prechter "wave principle of human social behaviour".

Un excellent site (anglophone) est dédié à la socio-économie et la psychologie des foules : sociotimes

 

 

 

Par loïc abadie
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Dimanche 17 février 2008
Alors que les marchés semblent se stabiliser, il est intéressant de faire un point sur le secteur obligataire et notamment sur les spreads de taux qui sont une bonne mesure de l’aversion au risque des investisseurs.
 
Voici  une série de graphiques montrant les spreads de taux, c’est à dire la différence de taux, entre les obligations de catégorie Baa (obligation à niveau de risque intermédiaire) et les bons du trésor à 10 ans ou les obligations AAA (qualité maximale).
 
D’abord un graphique qui porte sur la période 1919-2008 avec les spreads entre obligations Baa et AAA…Il nous montre que la remontée actuelle des spreads Baa-AAA reste encore modeste (un peu au dessus de 1%) si on la compare à ce qui a été observé pendant la période inflationniste des années 70, et surtout pendant la période de crise des années 30. Il y a une grande marge à la hausse.

spread-Baa-TLT.jpg
 
Maintenant un graphique sur environ 50 ans sur les spreads entre obligations Baa et bons du trésor.
Le niveau d’aversion au risque y apparaît déjà élevé et surtout la hausse a été très rapide (120 points de base en 6 mois). Des mouvements de cette importance (120 points de base, 150 en réalité si on prend en compte février 2008) aussi rapides n’avaient pas été observés depuis le début des années 80…et nous ne sommes pourtant qu’au début de la crise, dans un contexte ou l’environnement économique général (hors secteurs bancaires et immobilier) reste peu dégradé.
 
spread-Baa-LT.jpg


Pour finir, un zoom depuis le début 2007, qui montre en détail la hausse des spreads obligataires depuis la fin juillet 2007 : la première réaction de la Fed avait temporairement rassuré un peu les investisseurs entre septembre et octobre, mais depuis, la Fed (ainsi que le gouvernement des USA) semble avoir perdu toute sa crédibilité : les baisses de taux massives et le plan Bush n’ont strictement rien changé au mouvement de fond, qui a conduit déjà les spreads à augmenter de 150 points de base en 6 mois…Pour beaucoup d’entreprises, cela signifie aussi des conditions d’accès au crédit plus difficiles : les taux des bons du Trésor baissent bien un peu, mais pas ceux de la plupart des obligations à niveau de risque intermédiaire.

spreadBaa-CT.jpg
 
Ces graphiques portaient sur les secteurs généraux de l’économie.
Evidemment sur l’immobilier et les crédits hypothécaires, l’aversion au risque continue aussi d’augmenter, de façon encore plus marquée : Sur les obligations AA4 (qui représente pourtant un niveau de qualité élevé), la hausse atteint cette fois 450 points de base depuis la fin octobre, et 200 points depuis le début février.
 
Le marché obligataire anticipe donc clairement une dégradation à venir de la situation, que ce soit sur l’immobilier ou l’économie générale.
 
 
 
 
Par loïc abadie
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Dimanche 19 octobre 2008
C'est devenu le sport national (et international) du moment, et c'est classique en temps de crise : trouver LE coupable.

Le bouc-émissaire est ainsi au choix, et selon les orientations politiques des commentateurs : 

- Les banquiers qui ont oublié toute notion de risque.
- Les USA (parce que la crise a démarré chez eux).
- La FED (pour sa politique monétaire laxiste).
- Le système de monnaie à réserve fractionnaire (qui favorise l'expansion du crédit).
- Les « spéculateurs ».
- Les ménages qui se sont trop endettés.
- La « dérèglementation » .
- Les états et dirigeants politiques qui ont largement incité au développement de la bulle de crédit.
- ... etc.

Ces « boucs-émissaires » ont évidemment chacun leur part de responsabilité. Mais derrière eux, il y a une cause-racine plus profonde, qui se voit par exemple dans ce graphique :

Nous voyons sur ce graphique de la production de biens de consommation une tendance de fond depuis 60 ans : Des fluctuations de plus en plus faibles. 

Après une période de grande agitation (crise des années 30, guerre mondiale, reconstruction), nous avons eu des variations d'ampleur moyenne pendant les années 70 (chocs pétroliers), puis très réduites dans les années 80-90. L'implosion de la bulle internet en 2000 et la petite récession de 1991 ont provoqué des perturbations très légères.

Conséquence de cette évolution de fond : le sentiment de sécurité a progressé chez tous les opérateurs qui étaient de plus en plus confiants, constatant autour d'eux un environnement économique de plus en plus stable et tranquille.
De cette confiance naît l'euphorie et la perte de conscience du risque...Les générations qui ont toujours vécu dans cet environnement « tranquille » et sont arrivées au sommet de la hiérarchie sociale ont porté aussi au sommet cette euphorie.

La cause racine de la crise, c'est cela, et rien d'autre. Tous les échelons de la société ont été touchés par cette excès de confiance. Sans distinction, et sans qu'un échelon soit « plus » ou « moins » responsable qu'un autre.
Dans une société démocratique, le gouvernement n'est d'ailleurs que l'expression de la « foule ultime ».

Une dynamique de foule est quelque chose d'extraordinairement puissant dans une société, capable de balayer toutes les règlementations et les « garde-fous » établis au cours des crises précédentes...plus les acteurs occupent une place élevée dans la société, plus la pression de cette dynamique de foule sur eux est forte.

Pour un simple individu (comme moi ou la plupart d'entre vous), qui n'a pas un rôle de décision important dans la société, il est encore possible de ne pas suivre la foule quand elle fonce dans le mur. La pression est faible, et nous sommes libres de nos actes.

Mais imaginez que vous êtes le directeur de la filiale d'un grand groupe bancaire pour disons...la Floride, en 2005, au plus fort de la bulle immobilière.
Vous décidez d'être raisonnable, de ne pas faire courir de risques excessifs à votre banque, et de refuser de délivrer des crédits à risque à des clients ayant une capacité de remboursement insuffisante...Vous avez entièrement raison.
Seul problème : au bout de 6 mois, les résultats de votre filiale indiquent une croissance de seulement 8% de vos bénéfices, là où les dirigeants des autres filiales ont obtenu 20% par le développement de nouvelles catégories de prêts à risque.
Le PDG de votre banque vous convoque alors dans son bureau, pour vous informer qu'il vous remplace par Mr Swap, qui a réussi une croissance de 35% de ses résultats en développant une nouvelle activité « dérivés de crédit » qui semble très rentable. Vous n'avez pas suivi le sentiment de foule dominant...Dommage pour vous !

Imaginez ensuite (on peut rêver) que vous êtes président des USA en 1992. Vous vous rendez compte à votre arrivée au pouvoir qu'une bulle de crédit commence à se développer au-delà des limites normales dans votre pays. Vous décidez à juste titre de « serrer la vis » : hausse des taux, règlementation stricte du crédit bancaire, pas de « plans de relance de la consommation », mais des investissements de l'état dans la recherche, les infrastructures, la formation et le développement industriel.

Vous préparez l'avenir à long terme de votre pays en tuant dans l'œuf une bulle naissante et choisissez d'empêcher une crise géante plus tard en provoquant volontairement une petite récession et en ralentissant la machine quand il est encore temps.

Seul problème : D'autres pays autour de vous se lancent dans la fuite en avant dans le crédit. Ils réussissent d'ailleurs à obtenir une croissance très dynamique grâce à l'expansion anarchique de leur dette et de leurs déficits, pendant que votre politique déclenche une récession. L'opposition se déchaîne contre votre « incompétence » et plusieurs députés de votre parti demandent un changement immédiat de politique économique. Vous perdez lourdement aux élections suivantes...Vous n'avez pas respecté l'état d'esprit de votre époque.
 
C'est cela la psychologie des foules : Une force contre laquelle il est quasiment impossible de lutter.

Aujourd'hui, la psyhologie est en train de changer : beaucoup réclament (à juste titre) plus de règlementation, des « garde-fous »...certains ultras réclament même le retour de l'étalon-or, ou des changements encore plus radicaux.
Beaucoup de garde-fous seront certainement mis en place pendant cette crise. A un moment où plus personne n'en aura d'ailleurs besoin, vu que tout le monde sera redevenu prudent (et même excessivement prudent) : Il n'y a pas besoin de mettre de panneaux « interdiction de nager » sur une plage où 10 personnes viennent de se noyer à cause d'une série de tempêtes. La peur collective suffit.
Les signes du changement se multiplient en tout cas : "low-conso", "low-cost", "frugalité" sont les nouveaux termes "tendance" du moment, qui se répandent dans tous les pays occidentaux, en rapport avec l'arrivée du 4ème hiver de Kondratieff.
Les entreprises qui sauront se positionner sur cette nouvelle donne basée sur le low-cost sortiront renforcées de la crise. Celles qui négligeront le bouleversement psychologique en cours, et continueront dans le modèle précédent (proposer aux clients d'acheter des produits dont ils n'ont pas vraiment besoin et surchargés de fonctions inutiles) seront broyées.

Puis dans 50 ou 60 ans, les leçons de la crise actuelle seront oubliées, et une autre génération reproduira sans doute nos erreurs et fera sauter méthodiquement tous les « garde-fous » qui vont bientôt être mis en place.

L'humanité a toujours fonctionné comme cela, par cycles alternant excès d'optimisme et de pessimisme. Cela ne changera pas à l'avenir.
Au niveau individuel, nous pouvons détecter et nous protéger des excès par une connaissance des comportements de foules et des cycles économiques. Au-delà de ce niveau individuel je ne pense pas qu'une prévention durable contre les excès associés aux cycles soit possible : c'est le cycle lui même qui conduit les foules à faire sauter les barrières à chaque fois.
Peut être que je suis trop fataliste ?


Par loïc abadie
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