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économie générale

Dimanche 11 mars 2007

Que se passe-t-il depuis environ 20 ans aux USA ? Ce pays qui est de loin la 1ère économie du monde est en train de prendre un chemin qui ne peut que conduire à un désastre : celui du surendettement.

Traditionnellement, et depuis les 150 dernières années, le taux d'endettement total des USA était entre 100 et 160% du PIB. C'est une référence historique qui a déjà été largement dépassée en une seule occasion : pendant les années qui ont précédé la grande dépression des années 30. En 1929 on a ainsi atteint un niveau d'endettement de 280% du PIB...les choses sont rentrées dans l'ordre. Dans la douleur et au prix d'une crise économique terrible dont tout le monde se souvient !

Où en sommes nous aujourd'hui ? Voici la réponse, issue d'un excellent site américain d'études économiques

 

La dette totale des USA atteignait en 2005 44 000 milliards de $ pour un PIB de 11 000milliards. Soit 400% du PIB. Le record de 1929 a donc été pulvérisé, et cela ne présage rien de bon...

Pour bien comprendre les ordres de grandeurs en jeu, ce chiffre représente 147 635 $ de dette par personne, ou encore 590 540 $ (483 000€) pour une famille moyenne avec deux enfants...imaginez vous avec ce niveau d'endettement à rembourser...Seriez vous tranquilles ?

Voyons maintenant ce qui se passe au niveau des ménages depuis 1960 (source : B.E.A)

Là aussi, après une phase de croissance saine , ou le niveau d'endettement est resté stable, et qui a duré jusqu'en 1985 environ, la situation a dérapé depuis 20 ans. D'abord à une allure modérée jusqu'en 2000...puis l'explosion du taux d'endettement entre 2000 et 2006. Le taux d'endettement des ménages, exprimé en % du PIB national a doublé en 20 ans.

Le plus grave est que pendant le même temps les ménages ont progressivement cessé d'épargner. Depuis 2005, les ménages tapent même dans leur épargne (taux devenu négatif) pour consommer. Un taux d'épargne négatif est un évènement extrêmement rare dans le monde économique (source : B.E.A):

 

Voyons maintenant un dernier graphique, celui du commerce extérieur des USA.depuis 20 ans(source : B.E.A):

Là aussi c'est le grand plongeon, on en est actuellement à un déficit du commerce extérieur de 6% du PIB, le déficit budgétaire étant du même ordre. Conséquence : la dette publique des USA explose aussi, puisque l'Etat américain dépense largement plus qu'il n'a de rentrées.

Conclusion : les USA "moteur de la croissance mondiale"  ne tiennent depuis 20 ans que par une hausse exponentielle de la dette, à la fois privée et publique, associée à la désépargne des ménages.

Un modèle économique dont les acteurs tapent dans leur épargn et s'endettent bien plus vite que l'augmentation de leurs revenus pour pouvoir continuer à consommer est-til viable ? Combien de temps cela peut-il durer ?

Les parties 2 et 3 de l''ère de la dette" tenteront de répondre à ces questions.

Par loïc abadie
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Dimanche 11 mars 2007

Après avoir présenté la situation générale et le surendettement des USA, voyons ce qui se passe depuis 2001.

La période 2000-2002 a été marqué par un plongeon spectaculaire des bourses mondiales. Curieusement, l'impact sur les économies a été très limité (petite stagnation du PIB en 2001 et 2002), et suivi par une reprise étonnante de la croissance de 2003 à 2006.

Comment cela a-t-il été possible ?

La réponse est très simple et tient en deux mots : MEW et encore et toujours "dette"

1) le MEW

Aux Etats-Unis, le système de prêts immobilier repose sur le principe des hypothèques : on peut hypothéquer son logement pour souscrire un prêt, le montant du prêt peut alors être utilisé pour des usages personnels en toute liberté (travaux, consommation).

En situation de hausse de l'immobilier, les logements prennent de la valeurs, et les ménages peuvent alors augmenter leurs hypothèques pour retirer des liquidités pour consommer plus : ce phénomène s'appelle le M.E.W (mortgage equity withdrawal), c'est à dire le supplément de liquidités dont les ménages disposent après remboursement des mensualités de leurs prêts hypothécaires.

De 2001 à 2006, le gouvernement US pour éviter la récession a choisi une "fuite en avant" supplémentaire : baisse massive des taux pour inciter les ménages à s'endetter encore plus et à consommer. L'immobilier est  monté rapidement, ce qui a permis d'injecter des liquidités dans l'économie via le MEW et a sauvé la croissance.

Voici un graphique du blog calculated risk. On voit que de 2003 à 2006 (années de croissance les plus fortes), le MEW a compté pour 3 à 4% du PIB. Sans le MEW, la croissance aurait été voisine de 0.

 

 

2) la dette privée des ménages

De 2003 à 2006, la dette des ménages a augmenté au rythme incroyable de 10 à 12% par an (pendant que le PIB augmentait à 3 ou 4% seulement). Voici le graphique issu des données de la FED

Cette hausse de la dette a injecté artificiellement dans le système plus de 1000 milliards de $ chaque année que les ménages américains ont pu utiliser pour consommer et entretenir ainsi la croissance...en attendant de devoir rembourser !

Après la mini récession de 2001-2002, la croissance de 2003-2006 a donc été achetée entièrement à crédit via la dette des ménages et le MEW.

Sans ces deux sources de liquidités, les ménages n'auraient jamais pu soutenir leur train de vie et l'économie serait entrée dans une sévère récession. Jusqu'à quand ces sources vont-elle couler et entretenir le "miracle" ?

La partie 3 de "l'ère de la dette" tentera de répondre à cette question !

 

Par loïc abadie
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Dimanche 11 mars 2007

Jusqu'ici tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes : les ménages s'endettaient toujours plus pour consommer, les banques prêtaient sans être trop regardantes, l'immobilier montait, ce qui permettait de prendre des crédits hypothécaires encore plus gros...tout cela pour faire durer une croissance qui aurait du depuis longtemps se tasser.

Mais depuis 2006, il y a comme un changement de décor : les deux sources de liquidités mentionnées dans "l'ere de la dette / 2" sont en train de se tarir :

d'abord l'accroissement de la dette privée (source : FED)

Depuis 2006, on observe un retournement de tendance, l'accroissement de la dette ralentit rapidement (il est passé de 12 à 7% en moins d'un an). Tout se passe comme si les ménages étaient arrivés à un point limite et qu'ils ne parviennent plus à augmenter leur endettement comme avant.

 

Ensuite l'immobilier et le refinancement hypothécaire

Source du graphique : blog calculated risk

Le graphique ci-dessous montre les même tendances sur le MEW et le refinancement hypothécaire : une flambée avec un pic en 2005, et depuis une baisse rapide.

Ces données ne vont que jusqu'au milieu de 2006. La suite des évènements est beaucoup plus dure : les prix des biens immobiliers ont pour la première fois commencé à se retourner à la baisse, les mises en chantier ont baissé de 40% en l'espace de 7 mois, et les USA connaissent une vague de faillites de ménages depuis quelques mois, qui a conduit à son tour 20 établissements bancaires à la faillite ou à une situation très difficile (voir la rubrique "immobilier" de ce blog.) Tout indique donc qu'au cours des mois à venir le MEW va accélérer sa baisse et pourrait même devenir négatif fin 2007 ou début 2008 !

Conclusion :

Les deux sources de liquidités qui ont permis la croissance 2003-2006 sont en train de se tarir. Les premières conséquences se sont déjà fait sentir à la fin 2006 avec un ralentissement de la croissance du PIB à 2,4% contre des rythmes moyens de 4% précédemment. Cette tendance devrait s'accélérer au cours de l'année 2007 pour déboucher sur une croissance négative (récession) à la fin 2007.

L'article suivant détaillera le déroulement de ce scénario.

Par loïc
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Mercredi 14 mars 2007

Pour comprendre comment la déflation va s'installer et les effets qu'elle aura sur nos sociétés, il faut revenir à la période 2002-2006.

Pendant cette période on a observé une croissance artificielle basée uniquement sur l'accroissement de la dette...Ce type de croissance est toujours associé à un optimisme extrême de la psychologie des foules : On est convaincu que son patrimoine (immobilier, actions...etc) va monter jusqu'au ciel, et du coup on s'endette pour consommer en pensant que rien ne peut arriver.

Les évènements actuels : retournement du marché immobilier, faillites en série d'établissements bancaires et de ménages sont en train de casser précisément cette confiance les ménages augmentent moins leur endettement (voir l'article sur la période 2006 -2007) ...et ils vont bientôt cesser totalement de l'augmenter pour rembourser leur dettes.

La source de liquidités providentielle qui a nourri la croissance est non seulement en train de disparaître mais elle va s'inverser pour devenir un "aspirateur" qui détruit les liquidités !

Conséquences : Une grande crise du même type que celle de 1929 (la dernière grande vague de déflation) va s'installer

- Les ménages vont consommer de moins en moins.

- La chute de consommation va entraîner une récession, donc chômage en forte hausse et faillites qui vont se multiplier.

- Le chômage et les faillites vont accentuer en retour la chute de consommation et déclencher de nouvelles faillites.

Ce "cercle infernal" durera jusqu'à liquidation de l'excès de dettes, c'est à dire au moins quelques années.

Ce type de crise déflationniste ("crédit crunch") est un évènement rare qui n'arrive en moyenne qu'une ou deux fois par siècle. Ses conséquences sont très sévères : le taux de chômage a ainsi approché 25% aux USA et en Allemagne au plus fort de la crise. Des niveaux du même ordre devraient être observés pour celle qui se met en place actuellement.

Les ménages français sont beaucoup moins endettés que les américains. Leur situation financière est donc plus saine. Malgré tout notre pays aura à subir les conséquences de cette crise, une grosse récession aux USA se répercute automatiquement sur l'ensemble des économies occidentales...On peut juste espérer que le phénomène soit un peu atténué chez nous : entre 1929 et 1932 le PIB avait chuté de 30% aux US contre 15% en France (mais la récession avait duré plus longtemps chez nous).

Voici un graphique comparatif entre USA et Europe sur la crise de 1929, extrait de l'article wikipedia sur cette crise déflationniste.

Protégez-vous, il est encore temps !

Par loïc abadie
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Jeudi 15 mars 2007
Nous avons tous en tête une vision « traditionnelle » du crédit : l’emprunteur va demander à sa banque un prêt, cette banque va ensuite évaluer le risque associé à cet emprunteur et décider ou non de lui accorder le prêt.
En cas de défaut de l’emprunteur, la banque en supporte les conséquences et a donc intérêt à bien évaluer le risque qu’elle prend quand elle prête de l’argent. C'est comme cela en tout cas que devrait fonctionner une économie raisonnable et sensée !
 
Depuis quelques années, cette vision ne correspond plus à la réalité, essentiellement à cause de deux « inventions » redoutables (que le meilleur investisseur au monde, et aussi un des hommes les plus riches de la planète, Warren Buffet, a qualifié « d’armes de destruction (financière) massive »)
 
Ces inventions se nomment « CDO » (collateralised obligation debt) et dérivés de crédit « CDS » (crédit default swap).
 
  1. Les CDO sont des sortes de packages de dettes que les grosse banques vont revendre à des hedge funds ou à des fonds de pension, qui prendront le risque à la place de la banque en échange des intérêts fournis par le « package. »
  2. Les CDS sont des sortes d’assurances contre une défaillance de l’emprunteur : le vendeur de CDS s’engage à rembourser à sa place en échange d’une prime variant en fonction du marché et de la qualité de l’emprunteur.
 
La finance moderne est donc en train de transférer la gestion du risque qui constitue le métier normal d'un banquier vers des fonds (hedge funds et fonds de pension spécialisés) qui n’ont aucune notion de ce qu'est le métier de banquier et dont la vocation est de spéculer (par exemple sur les fluctuations de cours des dérivés de crédits et CDO qu’ils possèdent).
A leur tour, ces fonds peuvent se revendre entre eux ces dérivés de crédits et CDO qui se répandent ainsi dans tout le système.
 
Les banques aujourd’hui peuvent donc prêter à des clients douteux et à haut risque en se disant « en cas de problème, un autre paiera à ma place ».
Seul petit problème : comment les hedge funds et autres fonds de pension paieront leurs garanties aux banques en cas de problème ?
Le risque associé au crédit ayant été répandu dans toute la sphère économique, on ne sait plus aujourd’hui qui devra payer en cas de problème…
Le problème étant justement en train d’arriver avec la vague de faillites immobilières en cours aux USA.
 
Une petite phrase de Kenneth D. Lewis montre a quel point les plus grands financiers sont dépassés par cette croissance anarchique des dérivés de crédit. : « it makes my head swim » (« ça me fait tourner la tête »).
Ca ne serait pas très grave si Kenneth D.Lewis était un petit étudiant en économie…Le problème est qu’il est le PDG de la "Bank of America", le plus grand établissement financier des USA, qui utilise donc massivement les dérivés de crédit…tout en n’arrivant plus à en comprendre le marché et les risques associés.
 
Voici aussi un bon article du NY Times sur ce sujet (avec la « petite phrase » de Kenneth D Lewis).
Par loïc abadie
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Jeudi 15 mars 2007
Dans l'article précédent, j'ai expliqué ce qu'était les CDO et les dérivés de crédit et le danger qu'ils représentaient. On va maintenant étudier de plus près le développement du marché des dérivés de crédit depuis 5 ans.
  
 Voici le graphique montrant l'évolution du montant notionnel des dérivés de crédit en l'espace de 5 ans (source : http://www.isda.org/).
 
 
Les chiffres sont assez incroyables, puisqu'on est passé de 2001 à mi 2006 d'un montant de 631 milliards de $ à 26 000 milliards de $ (Non, il n'y a pas d'erreur de 0, et cela correspond bien à plus de 2 fois le PIB des USA !)
Donc on a eu une multiplication par 43 du montant des dérivés de crédit en l'espace de 5 ans. Tout cela évidemment sans aucun contrôle ou garde-fou de la part des autorités américaines.
 
Tant que la situation économique est bonne et que les emprunteurs ne font pas faillite, le système fonctionne (ça a été le cas de 2002 à 2006) et les politiques s'émerveillent de cette « dispersion des risques » et de la nouvelle « sophistication de la finance ».
Mais le jour où beaucoup d'emprunteurs seront en défaut en même temps, les hedge funds ou autres fonds divers devront payer à la place des emprunteurs pour honorer leurs contrats vis à vis des banques.
Et ils ne seront probablement pas en mesure de le faire, vu que :
1)      leur métier est de spéculer, pas de jouer le rôle d'un banquier.
2)       leur capacité à faire face à cette situation n'est contrôlée par aucune autorité et qu'ils ont pour habitude d'utiliser de gros effets de levier, achetant beaucoup plus d'instruments financiers que ce qu'ils ont réellement en caisse (en empruntant une fois de plus évidemment).
 
Dès que les hedge funds seront pris en défaut, les grandes banques qui se croyaient assurées contre les faillites  des emprunteurs par leurs dérivés de crédit vont « découvrir » que leurs « assureurs » ne peuvent honorer leur contrat...
 
Le risque crédit ayant été répandu dans tout le système, ce sera alors le début de la chute d'un immense château de cartes impliquant à la fois hedge funds, fonds de pension, grandes banques internationales (y compris des banques européennes lourdement impliquées dans le marché des dérivés de crédit).
Cette chute entraînera en retour (et accélèrera) une profonde récession économique  avec un effondrement de la consommation et une nouvelle vague de faillites personnelles. Une bulle de crédit ne disparaît pas sans qu'il y ait de la casse !
Même si les banques françaises sont en principe un peu moins engagées, pensez à avoir une banque solide :  Une banque régionale ou nationale peu impliquée dans ces dérivés de crédit, ou une banque d'état comme la banque postale !
 
Par loïc abadie
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Samedi 17 mars 2007

La croissance extraordinaire de la Chine à 10% par an qui va tirer la croissance mondiale pour plusieurs décennies, faire monter le prix des matières premières, voire même booster l'inflation.Voila le principal argument présenté par les haussiers et les optimistes sur l'économie mondiale.

Qu'en est-il réellement ?

D'abord comparons le PIB des BRICS avec celui des USA et de l'union Européenne.

Même si la Chine a de bonnes chances de jouer un rôle de premier plan, et d'être le n°1 mondial d'ici 20-25ans, pour l'instant ce pays reste réellement très petit comparé aux USA et à l'Europe. Et le restera pour la période 2007-2010, où la crise devrait se déclencher et se répandre. Son influence sur l'économie mondiale est donc encore très faible comparée à celle des USA et de l'Europe.

Autre problème de taille avec la théorie "chinoise" : Ce pays est massivement exportateur (les exportations représent 37% du PIB chinois, et presque tous les emplois sont directement ou indirectement liés aux exportations).

Le marché intérieur de ce pays reste encore embryonnaire (même si il se développe vite). Donc en situation de récession aux USA, les ménages important moins de biens depuis la Chine, ce pays se trouvera frappé par la récession comme les autres.

En fait et en simplifiant (un peu trop il est vrai), la Chine n'est actuellement que le lieu de fabrication des biens de consommation destinés aux consommateurs US et européens. Si ceux-ci lâchent, le fabricant chinois lâche aussi !

La Chine sortira sans doute de la crise plus rapidement que nous grâce à sa compétitivité très supérieure à la notre et parce que son marché intérieur commence malgré tout à se développer...mais vu sa dépendance actuelle par rapport aux exportations vers l'Europe et les USA, elle n'échappera pas pour autant à la tempête.

Quand la récession / déflation arrivera aux USA et en Europe, il ne faudra pas donc compter sur la Chine ou sur un autre pays émergent pour "stopper le mouvement". Les économies repartiront quand l'excès de dettes aura été résorbé...après quelques années de dépression économique !

Par loïc abadie
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Mercredi 21 mars 2007
Un argument que j’entends souvent sur la crise à venir est de dire que comme la bulle de crédit grossit depuis maintenant 20 ans, elle peut aussi bien continuer sur sa lancée et entretenir la croissance pendant encore 5 ans, 10ans ou plus…et qu’on aurait donc tort de ne pas investir pendant cette période.
 
L’argument est effectivement intéressant, et il est donc essentiel de trouver des indicateurs capables de prévoir et d’annoncer l’arrivée de la crise avec une échéance suffisamment précise.
 
 Dans cet article, on trouvera une série d’indicateurs et de graphiques expliquant pourquoi l’échéance est sans doute très proche :
 
Le scénario le plus probable pour le début de la récession aux USA est un délai de quelques mois à un an, au grand maximum 18 mois (hypothèse moyenne fin 2007).
Pour la France et l’Europe on peut compter sur un décalage de 2-3 trimestres supplémentaires, donc plutôt à partir de la 2ème moitié 2008, mais les marchés actions suivront eux les USA sans délai !
Voici des indicateurs justifiant ces dates :
 
Indicateur 1 : le retournement sur l’immobilier.
 
Pour ce secteur aux USA, la question ne se pose plus, il est déjà en récession depuis quelques mois (voir l'article "le début du massacre"). : Les mises en chantier sont en baisse de 35 à 40% en un an, la courbe de l’emploi  commence à se retourner à la baisse, et la baisse des prix moyens des maisons atteint 8% sur les plus hauts de mi-2006.
Ce graphique montre la relation parfaite entre les fortes baisses observées sur les mises en chantier et l’arrivée d’une récession.
 (cliquer sur l'image pour voir le graphique en grand)
 
Au cours des 40 dernières années, chaque baisse importante des mises en chantier a été suivie d’une récession générale de l’économie US. Il n'y a jamais eu de faux signal.
 
La récession se déclenche généralement dès que le niveau de baisse a atteint un seuil compris entre 25 et 40%…en janvier 2007 nous en étions justement à -39%.
 
Selon l’indicateur des mises en chantier, la récession est donc toute proche, attendue pour la fin de l’année au plus tard.
 
 
Indicateur 2 : la courbe des taux.
 
Qu’est-ce qui est à votre avis plus risqué : prêter de l’argent sur 3 mois ou sur 10 ans ?
La réponse semble évidente : 10 ans…il peut arriver beaucoup plus de problèmes en 10 ans qu'en 3 mois.
donc un prêteur exigera des taux plus élevés pour 10 ans que pour 3 mois. Il arrive malgré tout (rarement) que les taux d’intérêts à 10 ans soient plus bas que ceux à 3 mois : Cette situation anormale est appelée "inversion de la courbe des taux."
 
Au cours des 80 dernières années, cette situation s’est produite « comme par hasard » juste avant les phases de récession, avec un délai de 4 à 6 trimestres entre le début de l’inversion et l’entrée en récession. Il n'y a eu qu'un faux signal sur 12 récessions.
Nous sommes actuellement dans une phase d'inversion de la courbe des taux, phase qui a démarré en milieu d’année 2006 et s’est progressivement accentuée depuis.
voici un lien pour suivre en temps réel cette inversion (aux USA et en Angleterre). On voit que les taux courts sont plus haut que les taux longs, donc inversés.
 
Voici un graphique illustrant cette relation :
 
Le graphique est tiré d'une intéressante publication économique sur le site www.garp.com. Récessions indiquées en grisé
 
L'auteur conclut dans cette étude : "le récent ralentissement de la croissance du PIB va dans le sens de la théorie de l'inversion" (entrée en récession à venir).
Il termine son article par cette petite phrase : "les investisseurs ignoreront le signal de la courbe des taux inversé à leurs risques et périls".
 
Cette autre publication économique propose un historique sur une période encore plus longue, qui inclut la crise de 1929. Là aussi, il y avait eu une inversion avant la crise.
 
 Si on suit cet indicateur, la règle des 4 à 6 trimestres donnerait aussi un signal d’entrée en récession pour la fin 2007 (parfois il faut plus longtemps, comme pour la crise de 1929), donc une entrée un peu plus tardive (1er semestre 2008) est également possible (mais pas très probable vu la situation sur l’immobilier).
 
 
Indicateur 3 : le niveau de dette spéculative du NYSE (bourse américaine).
 
Sur les marchés boursiers, les opérateurs ont la possibilité d’acheter ou vendre à crédit des actions, sans payer tout de suite leur acquisition : il en résulte une dette appelée « dette de marge ».
Plus cette dette est élevée, plus elle montre qu’il y a un engouement spéculatif et les pics désignent en général une bulle spéculative sur le point d’éclater.
Le dernier grand pic sur la dette de marge avait été constaté en 2000,juste avant l'éclatement de la bulle internet. Pensez vous qu’actuellement les excès de la bulle internet ont disparu ? : voici le graphe de la « dette de marge sur les 10 dernières années.
En février 2007, la dette de marge vient de dépasser son pic précédent de 2000 (bulle internet). La prochaine bulle à éclater : la bulle de crédit.
Celle-là devrait faire beaucoup plus de dégâts que la bulle internet, elle concerne tous les secteurs de l'économie !
 
 
 
 
Les analystes pensent évidemment en grande majorité que "cette fois" ce n'est pas pareil parce que "les conditions ont changé". Le même discours qu'avant chaque grande récession. Vous pouvez les croire...à vos risques et périls !
 
 
 
 
 
 
 
 
Par loïc abadie
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Mercredi 4 avril 2007
Il y a eu beaucoup de commentaires sur ce sujet, d'où ces deux articles sur l'énergie pendant et après la récession.
 
Sur la situation à attendre pour la récession à venir :
En situation de forte récession (comme la crise qui est prévue dans ce blog), la demande en énergie baisse (la croissance est stoppée momentanément, les pays exportateurs comme la chine et l'inde exportent moins de produits, la consommation recule dans les pays développés) et les prix (pétrole, charbon et autres) chutent fortement. En situation de déflation, aucun actif n'est épargné, seul un conflit mondial important serait capable d'empêcher la baisse du pétrole dans ce contexte.
Pour ceux qui en douteraient, voici un petit rappel graphique de ce qui s’est produit en 2001 :
 
 
Le prix du baril a été tout simplement divisé par deux et 2001 n'était qu'une minuscule récession, qui a juste ralenti un peu la croissance mondiale de la demande en pétrole.
 
Y a-t-il besoin de détailler ce qui se passerait en cas de vraie dépression économique mondiale ?
Il est plus que probable que dans ce contexte, et à la grande surprise des foules qui croient à la hausse éternelle du pétrole, le baril retournera sous les 30$ et même plus bas (sauf conflit mondial important) !
 
Cette phase ne durera évidemment que quelques années (en 1929, la déflation avait duré 3 ans), avant reprise de la hausse, mais c'est suffisant pour faire "très mal" à ceux qui auraient investi au mauvais moment dans les actions pétrolières. J'ai personnellement beaucoup investi dans ce secteur entre 2003 et début 2006 mais suis maintenant sorti du marché.
 
Par loïc abadie
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Mercredi 4 avril 2007
Une fois la crise passée, la demande mondiale en énergie va reprendre sa hausse, sous l'effet de la reprise économique et du développement rapide de pays comme la Chine et l'Inde. Le problème des ressources en énergie devrait alors refaire surface.
 
Les énergies renouvelables sont pour l'instant marginales (le site de l'expert Jean-Marc Jancovici est très clair sur ce sujet) :
 
-         l'éolien et la géothermie ne sont utilisables que dans des situations bien particulières (Islande et géothermie, certaines zone littorales pour l'éolien) et sont des sources très marginales incapables de couvrir une part importante de nos besoins énergétiques.
-         les bio-carburants nécessitent trop de surface cultivable et sont également assez marginaux en terme de contribution à nos besoins.
-         l'hydraulique est déjà massivement exploitée).
-         L'hydrogène dont les médias parlent beaucoup n'est pas une source énergie mais un simple moyen de stocker l'énergie produite par d'autres moyens.
- Seule l'énergie solaire est capable de couvrir nos besoins (et même bien au delà), mais on ne sait pas encore l'exploiter à des prix compétitifs face aux énergies fossiles.
 
Malgré tout pour l'approvisionnement du monde en énergie (de façon générale), il n'y a pas de problème majeur pour les 200 ans à venir à cause de l'abondance des réserves de charbon (c'est le niveau estimé des réserves en charbon).
 
Ce n'est pas écologique du tout, c'est clair (même si les techniques actuelles sont beaucoup moins polluantes qu'avant au niveau des particules et du soufre, le problème du CO2 existe toujours), mais l'écologie ne pèsera malheureusement quasiment rien dans un contexte de reprise économique mondial et de forte demande en énergie après la crise.
 
Pour le pétrole, la situation est plus complexe :
 
On peut trouver sur le web des sites qui nous parlent d'un prochain épuisement des ressources en pétrole (peak oil) et d'un monde dans lequel le pétrole viendrait à manquer ou deviendrait extrêmement cher. Plus en détail, la théorie du peak oil est en partie vraie : Le problème de l'épuisement ne se pose pas quand près de 100% des réserves ont été consommées, mais à 50%.
Au delà de ce seuil « fatidique » de 50%, la production commence à fléchir (la moitié des réserves a été consommée), alors que la demande (via chine et inde) continue d'augmenter.
Résultat : les prix flambent même si il y a toujours du pétrole.
 
Actuellement, on a de bonnes raisons de penser que ce seuil de 50% est proche (on l'atteindrait dans un délai de 5 à 15 ans, difficile à dire). En tout cas les champs d'Amérique du Nord et de la mer du Nord sont déjà sur le déclin, et la moitié des réserves du plus gros champ du monde (Ghawar en arabie-saoudite) a été consommée.
 
Par contre, et c'est à ce niveau que les tenants de la théorie du peak oil se trompent, il existe des solutions de remplacement relativement bon marché :
 
1) Les sables bitumineux canadiens  forment des réserves potentielles en pétrole équivalentes à celles de l'Arabie Saoudite et permettent de produire du pétrole synthétique à un prix de revient d'environ  20-25$ US (25-30$ canadiens)/baril. Des ressources du même type existent au Vénézuéla (Orénoque) et en Sibérie.
 
Le groupe Syncrude a fait depuis longtemps la preuve de la rentabilité de son modèle économique (il existe depuis 1978) et a déjà produit près de 2 milliards de barils avec une forte accélération ces dernières années qui va se poursuivre (200 000 bpj actuellement, 500 000 bpj prévus pour 2015). Syncrude couvre déjà 15% des besoins en pétrole du Canada et de nombreux autres projets voient actuellement le jour dans la région de l'Alberta. N'hésitez pas à consulter le site du groupe Syncrude pour en savoir plus !
 
 
2) Autre source possible, encore plus importante, et appelée à un développement considérable : le  « coal to liquid »
 
C'est à dire la transformation du charbon en pétrole synthétique via la réaction de Fischer-Tropsch.
 
La réaction de Fischer-Tropsch utilise comme matière première (au choix) le charbon, le gaz naturel, ou même la biomasse et fonctionne très bien avec le charbon seul (tous les types de charbon sont utilisables, la lignite, présente en abondance sur tous les continents étant économiquement le type de charbon le plus rentable pour cette réaction).
 
Ce procédé est connu depuis longtemps (1923) et a assuré l'autonomie en pétrole de l'Allemagne nazie et de l'Afrique du Sud sous le régime de l'apartheid.
 
Pour les aspects économiques, voici quelques ordres de grandeur :
- Les investissements nécessaires sont de l'ordre de 60 000 à 80 000 $ par baril de production journalière (bpj) d'après les études américaines disponibles mais Sasol prévoit d'abaisser ce seuil à 50 000$/bpj dans les nouveaux projets de grande taille lancés en Chine (article).
 
A ce niveau de prix (60000-80000$/bpj), les projets sont économiquement rentables dès 30 ou 40$/baril avec la lignite (un peu plus avec d'autres types de charbons), et la firme sud-africaine Sasol en Chine prévoir d'abaisser ce seuil de rentabilité sous les 20$ avec ses nouvelles grosses unités de production.
 
A noter que des projets comparables, avec niveaux d'investissements de 50 000 à 70 000$/bpj ont déjà été réalisés au Canada avec les sables bitumineux (voir syncrude) et ont donné de grosses unités de productions très rentables.
 
En dehors de la Chine qui a décidé de développer à grande échelle le procédé « coal to liquid » pour subvenir à ses besoins en pétrole (article 1 et article 2), certains responsables politiques aux USA commencent à faire pression dans le même sens, notamment pour que les USA dépendent moins des dictatures religieuses moyen-orientales.
Voici le point de vue d'un sénateur américain démocrate en faveur du "coal to liquid"
 
Et pour finir une étude technique économique et stratégique sur la transformation charbon -> pétrole.
 
Pourquoi ce procédé n'a -t-il pas déjà été massivement développé ? Tout simplement parce que le pétrole au dessus de 40$/baril est un phénomène très récent et que vu les investissements nécessaires, beaucoup d'entreprises et d'investisseurs attendent encore d'être sûrs que ces niveaux de prix seront maintenus à l'avenir.
 
En résumé, avec des réserves en charbon prouvées d'au moins 200 ans et la possibilité de fabriquer du pétrole synthétique à prix raisonnables à partir du charbon ou des sables bitumineux, nous ne manquerons certainement pas de pétrole après la crise. Il sera juste un peu plus cher que les 15-30$ que nous avons connu à  la fin des années 90 (mais on sait en fabriquer à des prix inférieurs au cours actuel du baril).
 
Evidemment ce n'est pas une bonne chose du point de vue de l'effet de serre, mais c'est quand même très probablement la « solution de facilité » qui sera choisie après la crise en attendant qu'on parvienne à maîtriser le solaire à des prix suffisamment bas (espérons que cela se fasse assez vite), ou la fusion dans un avenir lointain. 
 
D'un point de vue géopolitique, le charbon liquéfié offre un autre avantage : celui de ne plus dépendre du moyen-orient et de ses dictatures religieuses. Le charbon est présent sur tous les continents et Il est frappant de penser qu'avec les 500 milliards de $ gaspillés inutilement dans la guerre en Irak (coût moyen estimé, certains prévoient des chiffres bien plus élevés), les USA auraient pu se construire une capacité de production de 10 millions de barils / jour (soit près de la moitié de leurs besoins) en "coal to liquid", et bien plus encore si des capitaux privés avaient été associés à l'opération.
 
Ils auraient ainsi porté un sérieux coup à l'ensemble des dictatures religieuses du moyen-orient d'une façon totalement pacifique et naturelle (il n'y aurait même pas besoin de sanctions ou de blocus)  au lieu de les financer abondamment et seraient en prime devenus indépendants énergétiquement...
 
Cette stratégie de l'isolement avait d'ailleurs bien fonctionné face au bloc communiste et peut-être que ce sera finalement ce qui sera fait dans les 15-20 prochaines années comme le suggère le sénateur  démocrate Bryan Schweitzer !
 
Le secteur « coal to liquid » sera en tout cas sans aucun doute un thème d'investissement très porteur après la crise. Gardons en réserve le nom de la firme sud-africaine Sasol pour la prochaine reprise !
 
 
 
Par loïc abadie
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