Y a-t-il un adulte dans la salle ?

Publié le par loïc abadie

Rappel : Charte du blog

 

Les réactions de nos dirigeants à la nouvelle étape de la crise, étape qui a débuté fin 2009 avec les doutes sur la solvabilité de la Grèce, sont absolument semblables aux réactions que peut avoir un petit enfant  après avoir subi un choc ou fait une bêtise.


Au lieu d’affronter la réalité et de chercher une solution, l’enfant va :


1)  Chercher un responsable autre que lui.

2)  Se réfugier dans un monde imaginaire.

3)  Occulter le problème en essayant de gagner un peu de temps pour que le problème disparaisse miraculeusement.

 

Le problème actuel de l’Europe (qui est aussi celui des USA) est le suivant, il a été expliqué à de nombreuses reprises ici :


-  Nous avons vécu à crédit pendant des décennies au dessus de nos moyens, et notre niveau de vie artificiellement élevé est sans rapport avec celui qui devrait correspondre à notre niveau de production de richesses réelles.


- Le maintien de ce niveau de vie ne dépend à terme que du bon vouloir des générations futures et de nos créanciers étrangers, qui financent nos déficits.


- Nos créanciers étrangers étant également nos fournisseurs en énergie, matières premières et biens de consommation indispensables pour nous, nous sommes totalement dépendants de l’appréciation qu’ils se feront de notre solvabilité, appréciation qui fixera à terme la valeur de notre monnaie dans les échanges internationaux.

Quand on est débiteur de quelqu'un et en même temps dépendant de lui pour ses approvisionnements, le rapport de force n'est évidemment pas en faveur du débiteur, surtout si le créancier perd tout espoir de recouvrer sa créance.

Beaucoup semblent ignorer cette évidence.

 

Dans ce contexte, la seule solution valable à long terme consiste :


- A liquider l’excès de dette de façon ordonnée, ce qui suppose dans certains cas d’accepter des faillites encadrées (négociations avec les créanciers d’une réduction du montant de la créance en échange de toute garantie de remboursement de la part d'un état).


- A réduire de façon drastique le train de vie de nos états pour restaurer les équilibres budgétaires indispensables au maintien de la part de nos créanciers et fournisseurs d’un niveau de confiance suffisant dans notre monnaie.


- A réorienter nos économies vers la production de richesses réelles, en restaurant notre compétitivité via des mesures comme le revenu d’existence, associé à un marché du travail beaucoup plus flexible, qui abaisserait fortement le coût du travail, sans perte de revenu (hors conséquences directes de la crise) pour les salariés.

 

Mais bien entendu, au lieu d’affronter le problème en face, nos dirigeants préfèrent :

 

1)  Rechercher des boucs émissaires.

 

Les boucs émissaires désignés sont ici :


-  Les « spéculateurs » ou même les « marchés »

-  Les agences de notation

-  Les USA

-  Les pays exportateurs

 

Il est tellement agréable d’essayer de se persuader et de faire croire à l’opinion que la crise actuelle est due à ces boucs émissaires : Il suffirait ainsi de supprimer les spéculateurs ou les agences de notation (pour les USA ce sera quand même plus difficile), pour tout arranger miraculeusement !

Le vrai problème (bulle de crédit et économie en survie artificielle dépendante du bon vouloirsde nos créanciers) sera toujours là, mais rêver est plus facile qu’agir.

 

2) Se réfugier dans un monde imaginaire.

 

Certaines solutions proposées ces derniers temps sont franchement amusantes par leur naïveté.

 

Nous pouvons relever ces perles par exemple :

 

a)  Créer une agence de notation européenne (idée de Michel Barnier, reprise par des dirigeants de divers pays européens).

 

La note des certaines agences déplaît aux gouvernements notés ? Faisons donc en sorte que les gouvernements se notent eux-mêmes !

Allons jusqu’au bout de la logique, et fabriquons une agence contrôlée par l’état chargée de noter la qualité de la dette de l’état. Ainsi nous serons certains que la France gardera sa note AAA quoi qu’il arrive (on pourrait même inventer une notation AAAA ou AAAAA pour prouver au monde extérieur l'exceptionnelle solidité des finances de notre état).

Ensuite, on pourrait  proposer aux candidats du baccalauréat de fixer eux-mêmes leur note.

 

b)  Demander aux pays qui font des excédents commerciaux de revoir leur politique.

 

La Chine, l’Allemagne, le Japon et de nombreux autres pays réalisent des excédents commerciaux en échangeant des biens avec nous. Toute personne normalement constituée se dirait « il serait temps de nous remettre en cause pour retrouver une compétitivité suffisante face à eux ».


Mais non, pour le boomer-cigale de base, il suffirait de demander à ces pays de cesser de faire des excédents commerciaux.


Certains habitants de « l’île aux enfants » proposent même des dispositifs monétaires type « bancor » * visant à pénaliser les pays « trop » exportateurs et ne semblent même pas douter un seul instant que les pays exportateurs les accepteront avec enthousiasme !


Le boomer ne doute en fait absolument de rien, il est convaincu d’être au centre de l’univers et persuadé que tout lui est dû. Il lui semble donc tout à fait naturel de demander aux pays exportateurs, qui produisent des richesses réelles, épargnent et travaillent, non seulement de financer gentiment son train de vie à crédit, mais aussi de faire en sorte que ces pays corrigent ensuite encore plus gentiment les déséquilibres provoqués par cette vie à crédit.


Nous attendrons la réaction amusée des pays exportateurs…

 

* Au sujet du bancor, l'idée d'une monnaie de réserve et d'échange internationale basée sur un panier de matières premières est bonne, si il s'agit d'un système monétaire à réserve pleine (j'en ai déjà parlé dans ce blog).

Par contre penser un seul instant que des pays exportateurs puissent accepter d'être pénalisés par une sorte d'"autorité monétaire mondiale" pour avoir "trop" exporté est d'une naïveté tout à fait stupéfiante.


c)  Faire acheter la dette des états par la BCE.

 

Voilà une solution qui pourrait être expérimentée prochainement. C’est tellement simple :

 

Un état dépense trop et ne trouve plus de prêteurs pour financer son train de vie ?

Qu’à cela ne tienne, il va demander à la BCE d’acheter ses dettes à un prix (taux) cadeau en lui fournissant tous les euros nécessaires et il n’y a plus de problème !


Et comme nous vivons sur une planète enchantée où tout le monde est beau, gentil et solidaire envers les boomers, les pays qui nous fournissent en pétrole, uranium, matières premières et biens de consommation divers vont continuer gentiment à nous donner indéfiniment tout ce dont nous avons besoin pour notre confort de consommateur en échange des euros imprimés en masse par la BCE.

Et des pays comme l’Allemagne seront enthousiastes à l’idée d’imprimer des euros pour les donner aux pays les plus dépensiers et les plus irresponsables et ne s’inquièteront pas un seul instant d’un risque d’effondrement de la valeur de l’euro.

Le monde de Casimir est merveilleux et si facile à vivre !

 

3)  Occulter le problème en gagnant un peu de temps.

 

- Le fonds d’aide européen.


Ce dispositif « novateur » est financé entièrement par des emprunts des pays membres de l’Union Européenne, qui sont presque tous très endettés et en situation de déficit public très élevé. Donc les états dépensiers empruntent pour permettre aux états encore plus dépensiers d’emprunter plus.


En clair, il s’agit de creuser un trou pour en reboucher un autre (tout en creusant en même temps d’autres trous pour financer les innombrables déficits publics existants en parallèle).


Cela s’appelle un « mécanisme de stabilisation de la zone euro » ...Vous avez bien lu !

Nous pourrions peut-être essayer cela sur les fondations des immeubles, en creusant de multiples trous pour stabiliser les grands édifices...

 

Ce fonds d'aide a quelques variantes : Budget et emprunt européen proposé par Jacques Attali par exemple...Comme si le fait d'associer un ensemble d'états surendettés allait donner à ce groupe d'état une solvabilité meilleure et une nouvelle capacité d'emprunt (sans compter qu'en période de crise, les forces sont centrifuges, et personne n'a envie de payer pour les autres) !

 

-  La réduction des déficits sans rigueur

 

Dans notre monde enchanté, les déficits se réduiront tout seuls dans les années à venir, et sans effort important. Un débat surréaliste agite ainsi la classe politique française en ce moment :

 

L’état Grec est en quasi-faillite, d’autres états (Portugal, Irlande, Espagne et même Italie) inquiètent de plus en plus les marchés (en attendant le tour de l’Angleterre et de la France), et nous avons un gouvernement qui affiche l’objectif de régler le problème du déficit en 2020

 

Et aussi un Président qui affirme que la rigueur est contre-productive (sans doute que la faillite d’un état serait plus « productive » ?), alors que l’opposition fait encore plus fort en accusant le gouvernement d’en faire trop en matière de rigueur !


Nous avons donc une maison qui commence à brûler, une équipe de pompiers qui affirme qu’il serait « contre-productif » d’ouvrir la lance à eau pour éteindre le feu (mais qu'il faudra quand même y penser dans dix ans si tout se passe bien), et une autre équipe concurrente qui accuse la première équipe d’utiliser en catimini cette lance à eau !

 

Il n’y a visiblement plus d’adultes à la tête de l’Europe, et tous nos dirigeants vivent  pour l'instant dans le monde merveilleux de Casimir. Et il en est de même aux USA.


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Galuel 29/06/2010 13:46



Oui, mais il faut aussi penser le "revenu d'existence" comme "Dividende Universel", plus qu'une solidarité économique directe, il s'agit d'un droit fondamental pour chaque citoyen "souverain de
sa zone économique". Le minimum de droit de co-propriété souveraine : http://fr.wikipedia.org/wiki/Dividende_Universel


Et c'est aussi repenser la monnaie, non plus en tant que fausse monnaie à émission centralisée (le monde Bancaire qui bénéficie du droit de cuissage de "l'effet de levier" à son avantage
exclusif), pour la repenser en terme de "crédit mutuel individualisé"... Le "revenu d'existence" ou "Dividende Universel" devient alors le simple crédit individuel alloué progressivement à chaque
individu, comme cela est fait au sein des SEL.


Sur la ponction inévitable du centre d'émission monétaire sur toute l'économie, grâce à son droit de création inique :
http://www.creationmonetaire.info/2010/06/bettencourt-le-patrimoine-le-revenu.html



Laurent 27/06/2010 19:50



Par expérience personelle, je trouve qu'une fois les besoins de base assurés (une nourriture de pain et de légumes bio ,une couche ou dormir, une partenaire qui partage cette philosophie (pas une
de ces fashion victims données en exemple aux écervelées par trop de télé) et surtout la chance d'être en bonne santé (mais santé et sobriété vont de pair) )les autres besoins sont
psychoaffectifs et construits et peuvent être déconstruits par la pratique de la concentration et de la philosophie. Pour en revenir au sujet du blog il est certain qu'un état dont la dette est
libellée dans la monnaie de singe émise par sa propre banque centrale aura toujours la possibilité de payer ses fournisseurs et ses créanciers avec de la nouvelle monnaie si la déflation coupe
les autres sources de financement, par contre la valeur de cette monnaie n'a rien de stable et tend vers zéro si la production qui la gage ne suit pas. Votre conseil de rester cash sera peut être
profitable à terme si la rigueur est appliquée avec rigueur, mais il n'y a que les créanciers pour souhaiter cela, ils sont toujours à la merci de leur débiteur et il me semble très risqué de
faire confiance à une banque centrale qui est la copropriété d'états endettés. Le risque paiera t ' il ? Il y a une part de moi qui pense que oui mais je me sens plutôt seul .


 



dix-huit-juin-deux-zero-un-zero 18/06/2010 01:55



lien : http://www.guysen.com/news_Un-chomeur-de-32-ans-remporte-les-primaires-democrates-de-Caroline-du-Sud_279063.html

--
Eric


Vendredi 18 juin 2010 à 01:19

Un chômeur de 32 ans remporte les primaires démocrates de Caroline du Sud
Le 8 juin, Alvin Greene, un chômeur de 32 ans poursuivi par la justice américaine pour "obscénité", a remporté les primaires démocrates de Caroline du Sud, à la surprise générale.



ArnaK_de_la_Bete_Dette 16/06/2010 19:27






« Sur la question du déficit budgétaire, il faut savoir que son augmentation est, pour une large part, due à ce qu’il nous faut emprunter à plus de 3% (3,45% en moyenne) alors que l’on n’attend
pas, même dans les rêves les plus fous de Mme Christine Lagarde, une croissance supérieure à 2%. Or, dans le même temps, les banques se refinancent auprès de la Banque Centrale Européenne (BCE),
comme par ailleurs, auprès de la Réserve fédérale américaine et des autres banques centrales des pays développés), à des taux oscillant entre 1% et 0,5%. Serait-ce du fait de la meilleure qualité
des dettes privées par rapport à la dette publique ? Poser cette question, c’est y répondre, et par un immense éclat de rire. » Jacques SAPIR, économiste

« Le système bancaire moderne fabrique de l’argent à partir de rien. Ce processus est peut-être le tour de dextérité le plus étonnant qui fut jamais inventé. La banque fut conçue dans l’iniquité
et est née dans le pêché. Les banquiers possèdent la Terre. Prenez la leur, Mais... laissez-leur le pouvoir de créer l’argent et, en un tour de mains, ils créeront assez d’argent pour la
racheter. Otez-leur ce pouvoir, et toutes les grandes fortunes comme la mienne disparaîtront et ce serait bénéfique car nous aurions alors un monde meilleur et plus heureux. Mais, si vous voulez
continuer à être les esclaves des banques et à payer le prix de votre propre esclavage laissez donc les banquiers continuer à créer l’argent et à contrôler les crédits. » Sir Josiah Stamp,
Directeur de la Banque d’Angleterre 1928–1941.



Kapital == Orwell . 12/06/2010 23:03


Et on déplorait l’uniformité de la société soviétique... samedi 12 juin 2010 (17h44) Effarant le nombre de personnes qui magasinent chez Wal-Mart. Et le nombre de personnes qui vont manger chez
McDonald’s. Il faut ajouter que dans chaque Wal-Mart, il y a un McDonald’s. En Union Soviétique, on allait faire la file dans les magasins d’État. Chez McDonald’s, on fait la file pour son
hamburger et ses frites. Mais McDonald’s et Wal-Mart sont des entreprises "libres" au moins et non des magasins d’État... Si peu en fait, car l’État c’est eux à quelque part. Ces grandes
corporations capitalistes et les autres comme elles ne sont pas les véritables pouvoirs dans les régimes capitalistes? Quelle différence alors avec les magasins d’État de l’ancien régime
soviétique? Il y en a une, c’est vrai : les logos attrayants, la publicité attrayante et tout le tralala... De plus en plus nos sociétés capitalistes deviennent "uniformes" et aussi de moins en
moins libres puisqu’à peu près tous les gouvernements capitalistes ont adopté de mesures de surveillance accrue de la population depuis les débuts de la plus que douteuse guerre au terrorisme. Qui
aurait pensé du temps de la guerre froide que l’Occident capitaliste deviendrait une société "orwellienne" au 21e siècle? Eh bien, les incrédules sont désormais confondus. De : Mark samedi 12 juin
2010 ======================================================================================================================================== lien : http://dardel.info/Textes/Football.html À MORT
LE FOOT Par Pierre Desproges Voici bientôt quatre longues semaines que les gens normaux, j'entends les gens issus de la norme, avec deux bras et deux jambes pour signifier qu'ils existent,
subissent à longueur d'antenne les dégradantes contorsions manchotes des hordes encaleçonnées sudoripares qui se disputent sur le gazon l'honneur minuscule d'être champions de la balle au pied.
Voilà bien la différence entre le singe et le footballeur. Le premier a trop de mains ou pas assez de pieds pour s'abaisser à jouer au football. Le football. Quel sport est plus laid, plus balourd
et moins gracieux que le football ? Quelle harmonie, quelle élégance l'esthète de base pourrait-il bien découvrir dans les trottinements patauds de vingt-deux handicapés velus qui poussent des
balles comme on pousse un étron, en ahanant des râles vulgaires de boeufs éteints. Quel bâtard en rut de quel corniaud branlé oserait manifester sa libido en s'enlaçant frénétiquement comme ils le
font par paquets de huit, à grand coups de pattes grasses et mouillées, en ululant des gutturalités simiesques à choquer un rocker d'usine ? Quelle brute glacée, quel monstre décérébré de quel
ordre noir oserait rire sur des cadavres comme nous le vîmes en vérité, certain soir du Heysel où vos idoles, calamiteux goalistes extatiques, ont exulté de joie folle au milieu de quarante morts
piétinés, tout ça parce que la baballe était dans les bois ? Je vous hais, footballeurs. Vous ne m'avez fait vibrer qu'une fois : le jour où j'ai appris que vous aviez attrapé la chiasse mexicaine
en suçant des frites aztèques. J'eusse aimé que les amibes vous coupassent les pattes jusqu'à la fin du tournoi. Mais Dieu n'a pas voulu. Ca ne m'a pas surpris de sa part. Il est des vôtres. Il est
comme vous. Il est partout, tout le temps, quoi qu'on fasse et où qu'on se planque, on ne peut y échapper. Quand j'étais petit garçon, je me suis cru longtemps anormal parce que je vous repoussais
déjà. Je refusais systématiquement de jouer au foot, à l'école ou dans la rue. On me disait : «Ah, la fille !» ou bien : «Tiens, il est malade», tellement l'idée d'anormalité est solidement
solidaire de la non-footabilité. Je vous emmerde. Je n'ai jamais été malade. Quant à la féminité que vous subodoriez, elle est toujours en moi. Et me pousse aux temps chauds à rechercher la
compagnie des femmes. Y compris celles des vôtres que je ne rechigne pas à culbuter quand vous vibrez aux stades. Pouf, pouf. Pierre Desproges