Pétrole et énergie (2) : après la récession

Publié le par loïc abadie

Une fois la crise passée, la demande mondiale en énergie va reprendre sa hausse, sous l'effet de la reprise économique et du développement rapide de pays comme la Chine et l'Inde. Le problème des ressources en énergie devrait alors refaire surface.
 
Les énergies renouvelables sont pour l'instant marginales (le site de l'expert Jean-Marc Jancovici est très clair sur ce sujet) :
 
-         l'éolien et la géothermie ne sont utilisables que dans des situations bien particulières (Islande et géothermie, certaines zone littorales pour l'éolien) et sont des sources très marginales incapables de couvrir une part importante de nos besoins énergétiques.
-         les bio-carburants nécessitent trop de surface cultivable et sont également assez marginaux en terme de contribution à nos besoins.
-         l'hydraulique est déjà massivement exploitée).
-         L'hydrogène dont les médias parlent beaucoup n'est pas une source énergie mais un simple moyen de stocker l'énergie produite par d'autres moyens.
- Seule l'énergie solaire est capable de couvrir nos besoins (et même bien au delà), mais on ne sait pas encore l'exploiter à des prix compétitifs face aux énergies fossiles.
 
Malgré tout pour l'approvisionnement du monde en énergie (de façon générale), il n'y a pas de problème majeur pour les 200 ans à venir à cause de l'abondance des réserves de charbon (c'est le niveau estimé des réserves en charbon).
 
Ce n'est pas écologique du tout, c'est clair (même si les techniques actuelles sont beaucoup moins polluantes qu'avant au niveau des particules et du soufre, le problème du CO2 existe toujours), mais l'écologie ne pèsera malheureusement quasiment rien dans un contexte de reprise économique mondial et de forte demande en énergie après la crise.
 
Pour le pétrole, la situation est plus complexe :
 
On peut trouver sur le web des sites qui nous parlent d'un prochain épuisement des ressources en pétrole (peak oil) et d'un monde dans lequel le pétrole viendrait à manquer ou deviendrait extrêmement cher. Plus en détail, la théorie du peak oil est en partie vraie : Le problème de l'épuisement ne se pose pas quand près de 100% des réserves ont été consommées, mais à 50%.
Au delà de ce seuil « fatidique » de 50%, la production commence à fléchir (la moitié des réserves a été consommée), alors que la demande (via chine et inde) continue d'augmenter.
Résultat : les prix flambent même si il y a toujours du pétrole.
 
Actuellement, on a de bonnes raisons de penser que ce seuil de 50% est proche (on l'atteindrait dans un délai de 5 à 15 ans, difficile à dire). En tout cas les champs d'Amérique du Nord et de la mer du Nord sont déjà sur le déclin, et la moitié des réserves du plus gros champ du monde (Ghawar en arabie-saoudite) a été consommée.
 
Par contre, et c'est à ce niveau que les tenants de la théorie du peak oil se trompent, il existe des solutions de remplacement relativement bon marché :
 
1) Les sables bitumineux canadiens  forment des réserves potentielles en pétrole équivalentes à celles de l'Arabie Saoudite et permettent de produire du pétrole synthétique à un prix de revient d'environ  20-25$ US (25-30$ canadiens)/baril. Des ressources du même type existent au Vénézuéla (Orénoque) et en Sibérie.
 
Le groupe Syncrude a fait depuis longtemps la preuve de la rentabilité de son modèle économique (il existe depuis 1978) et a déjà produit près de 2 milliards de barils avec une forte accélération ces dernières années qui va se poursuivre (200 000 bpj actuellement, 500 000 bpj prévus pour 2015). Syncrude couvre déjà 15% des besoins en pétrole du Canada et de nombreux autres projets voient actuellement le jour dans la région de l'Alberta. N'hésitez pas à consulter le site du groupe Syncrude pour en savoir plus !
 
 
2) Autre source possible, encore plus importante, et appelée à un développement considérable : le  « coal to liquid »
 
C'est à dire la transformation du charbon en pétrole synthétique via la réaction de Fischer-Tropsch.
 
La réaction de Fischer-Tropsch utilise comme matière première (au choix) le charbon, le gaz naturel, ou même la biomasse et fonctionne très bien avec le charbon seul (tous les types de charbon sont utilisables, la lignite, présente en abondance sur tous les continents étant économiquement le type de charbon le plus rentable pour cette réaction).
 
Ce procédé est connu depuis longtemps (1923) et a assuré l'autonomie en pétrole de l'Allemagne nazie et de l'Afrique du Sud sous le régime de l'apartheid.
 
Pour les aspects économiques, voici quelques ordres de grandeur :
- Les investissements nécessaires sont de l'ordre de 60 000 à 80 000 $ par baril de production journalière (bpj) d'après les études américaines disponibles mais Sasol prévoit d'abaisser ce seuil à 50 000$/bpj dans les nouveaux projets de grande taille lancés en Chine (article).
 
A ce niveau de prix (60000-80000$/bpj), les projets sont économiquement rentables dès 30 ou 40$/baril avec la lignite (un peu plus avec d'autres types de charbons), et la firme sud-africaine Sasol en Chine prévoir d'abaisser ce seuil de rentabilité sous les 20$ avec ses nouvelles grosses unités de production.
 
A noter que des projets comparables, avec niveaux d'investissements de 50 000 à 70 000$/bpj ont déjà été réalisés au Canada avec les sables bitumineux (voir syncrude) et ont donné de grosses unités de productions très rentables.
 
En dehors de la Chine qui a décidé de développer à grande échelle le procédé « coal to liquid » pour subvenir à ses besoins en pétrole (article 1 et article 2), certains responsables politiques aux USA commencent à faire pression dans le même sens, notamment pour que les USA dépendent moins des dictatures religieuses moyen-orientales.
Voici le point de vue d'un sénateur américain démocrate en faveur du "coal to liquid"
 
Et pour finir une étude technique économique et stratégique sur la transformation charbon -> pétrole.
 
Pourquoi ce procédé n'a -t-il pas déjà été massivement développé ? Tout simplement parce que le pétrole au dessus de 40$/baril est un phénomène très récent et que vu les investissements nécessaires, beaucoup d'entreprises et d'investisseurs attendent encore d'être sûrs que ces niveaux de prix seront maintenus à l'avenir.
 
En résumé, avec des réserves en charbon prouvées d'au moins 200 ans et la possibilité de fabriquer du pétrole synthétique à prix raisonnables à partir du charbon ou des sables bitumineux, nous ne manquerons certainement pas de pétrole après la crise. Il sera juste un peu plus cher que les 15-30$ que nous avons connu à  la fin des années 90 (mais on sait en fabriquer à des prix inférieurs au cours actuel du baril).
 
Evidemment ce n'est pas une bonne chose du point de vue de l'effet de serre, mais c'est quand même très probablement la « solution de facilité » qui sera choisie après la crise en attendant qu'on parvienne à maîtriser le solaire à des prix suffisamment bas (espérons que cela se fasse assez vite), ou la fusion dans un avenir lointain. 
 
D'un point de vue géopolitique, le charbon liquéfié offre un autre avantage : celui de ne plus dépendre du moyen-orient et de ses dictatures religieuses. Le charbon est présent sur tous les continents et Il est frappant de penser qu'avec les 500 milliards de $ gaspillés inutilement dans la guerre en Irak (coût moyen estimé, certains prévoient des chiffres bien plus élevés), les USA auraient pu se construire une capacité de production de 10 millions de barils / jour (soit près de la moitié de leurs besoins) en "coal to liquid", et bien plus encore si des capitaux privés avaient été associés à l'opération.
 
Ils auraient ainsi porté un sérieux coup à l'ensemble des dictatures religieuses du moyen-orient d'une façon totalement pacifique et naturelle (il n'y aurait même pas besoin de sanctions ou de blocus)  au lieu de les financer abondamment et seraient en prime devenus indépendants énergétiquement...
 
Cette stratégie de l'isolement avait d'ailleurs bien fonctionné face au bloc communiste et peut-être que ce sera finalement ce qui sera fait dans les 15-20 prochaines années comme le suggère le sénateur  démocrate Bryan Schweitzer !
 
Le secteur « coal to liquid » sera en tout cas sans aucun doute un thème d'investissement très porteur après la crise. Gardons en réserve le nom de la firme sud-africaine Sasol pour la prochaine reprise !
 
 
 

Publié dans économie générale

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Avenir en Questions 30/01/2011 22:14



J'ai bien conscience que cet article date un peu mais pour faire le point sur le pic pétrolier, je vous conseille ce lien.


Vous avez raison de citer J-M Jancovici, l'un des meilleurs spécialiste français sur le problème. Par contre, je ne pense pas que vous l'ayez bien lu jusqu'au bout. Il parle de crise économique
majeure d'ici 2 ans maximum. Cette crise étant principalement du à une hausse très importante des prix de l'energie qui sera suivi d'une inflation généralisée.


Ca me parait très risqué de vouloir gagner de l'argent à long terme avec la bourse, pas vous ?



Taxe Payée 08/07/2009 01:55

Sur l'évolution du prix du baril de petrole j'ai quelques hésitations. Deux scénarios semblent se présenter.1) (le plus probable) guerre économique  des USA contre l'Iran. L'économie de l'iran (deja tres affaiblie ) ne peut tenir que si le baril de pétrole est au dessus de 30$ car le prix d'exploitation est beaucoup plus élevé en Iran qu'en Arabie Saoudite. Donc les USA en accord avec les Saoudiens vont tout faire pour baisser le prix du baril. Ce n'est pas les chinois qui vont protester, peut etre les russes aussi il faudra négocier avec eux. 2) guerre ou plus exactement bombardement entre l'Iran et l'Israel. Crise majeur dans le monde Arabe et donc flambée du prix du baril. Ce scénario est plus favorable à l'Iran. Quelqu'un a t il des info pour pouvoir trancher cette question ? Cdt    

Nabucco 12/08/2008 23:42

Pour le charbon, les choses ont changé, comme l'on voit ici : http://futura24.site.voila.fr/charbon/charbon.htm Le charbon n'en a pas pour deux siècles, comme cela est trop souvent dit. En seulement six ans, de 1999 à 2005, les réserves prouvées de charbon ont diminué de 14 %. Si l'on exprime cela en années de production, les réserves sont passées de 227 à 144 ans. C'est une diminution de durée de 83 ans en six ans, ce qui fait 36 % en moins en très peu de temps.

BOULAS 10/05/2008 22:21

l'éolien, l'hydraulique et la géothermie sont abordés dasn cet article en terme d'énergie, quoique non quantifié. Pourquoi la production énergétiqe nucléaire n'est elle pas abordée. C'est d'ailleurs une source sérieusement envisagée pour le dégourdissage des sables bitumineux et la production d'hydrogène.

Beurk 20/04/2008 13:58

Il me semble que dans votre analyse, vous oubliez deux points. Le premier étant la question du débit. Au début de l'extraction du étrole, il suffisait de creuser un trou dans le sol et le précieux liquide sortait tout seul de terre. Avec, par exemple les sables bitumeux du Canada, c'est beaucoup plus compliqué, c'est pourquoi, même avec desréserves comparables à celle de l'Arabie Saoudite, on a une production beaucoup plus faible.Le deuxième point est celui du rapport entre énergie investie et énergie extraite. Il est mauvais, à la fois pour les sables bitumeux et pour le procédé CTL.