Le plongeon des échanges internationaux

Publié le par loïc abadie

La crise japonaise (toujours pas terminée 17 ans après) a eu lieu dans un contexte global très favorable : une économie mondiale en croissance régulière, qui a permis au Japon de limiter la casse grâce à des exportations soutenues.

Les derniers chiffres qui sont tombés depuis décembre montrent cette fois une toute autre réalité, en particulier sur la zone Asie censée être la plus dynamique et pouvoir jouer un rôle de compensation.

- Les exportations de la Corée vers la Chine ont chuté de 35,4% sur un an

En global, ces exportations coréennes sont prévues chuter de 30% en janvier 2009

- Les exportations du Japon ont chuté de 35% sur un an, selon les données de décembre 2008 (les prix de gros ayant chuté de 13,9%, fait sans précédent depuis plus de 25 ans...petit "clin d'oeil" amusant à ceux qui voient l'inflation arriver au coin de la rue)

- A Taiwan, les exportations ont chuté de 42%, et la production industrielle de 32%.

The economist cite dans son dernier article des reculs du PIB à -15% en rythme annualisé en moyenne sur Singapour, la Corée, Taiwan et Hong-Kong, ce qui correspond à une situation de profonde dépression économique si elle se maintient.

Même en Chine, les exportations commencent à chuter (-2,8% en décembre 2008), pendant qu'en Inde, les exportations ont plongé de 12,1% en octobre et 9,9% en novembre.

Plus étonnant, les importations y ont connu selon CNN un recul spectaculaire (-22%),

recul confirmé par la chute importante de la production électrique (-10%) observée dans ce pays.

Nouriel Roubini fait une remarque intéressante au sujet de la Chine : la croissance de 6,8% observée au dernier trimestre (qui est déjà un chiffre faible pour ce pays) est exprimée sur une base annuelle (comparaison entre le T4 2008 et le T4 2007). Mais d'un trimestre sur l'autre (entre le T3 et le T4 2008), la croissance y serait de 0%, voire négative.

L'impossible (une croissance négative en Chine) va-t-il se produire ?

Plus près de nous, les exportations plongent également en Allemagne, dont la tradition exportatrice est bien connue. La aussi le recul est impressionnant : -11% sur un an.

Les chiffres disponibles (y compris chez les pays émergents) nous montrent donc une seule chose : un effondrement des échanges commerciaux, d'ampleur mondiale et sans précédent.

Le "reste du monde" a sauvé (temporairement) le Japon d'une certaine manière, transformant ce qui aurait pu être une grave dépression en simple crise prolongée...Mais cette dépression est maintenant en train de rattraper le Japon.

Dans le cas actuel au contraire, il devient de plus en plus probable qu'aucun pays ou groupe de pays ne sera cette fois disponible pour nous sauver la mise : Nous nous dirigeons bien vers une profonde dépression économique, et ce ne sont pas les plans en cours de responsables dépassés par la situation, qui croient trouver leur bouée de sauvetage dans la fuite en avant keynésienne, qui y changeront quoi que ce soit.

Je vais faire prochainement une série d'articles sur ce mythe keynésien et l'absurdité et le danger que représente les politiques de relance actuelles, basées sur une nième fuite en avant dans la dette, et dont l'échec devient chaque jour plus évident.

Cette chute des échanges internationaux est évidemment de nature déflationniste, par la réduction de la demande mondiale qui est associée, y compris sur le secteur des matières premières.

Terminons par cet article d'Evans-Pritchard, qui résume parfaitement la situation en cours...

 

 

 

 

Publié dans économie générale

Commenter cet article

petites annonces 17/09/2009 02:56

Sauver les banques pous eviter une panique a la 1929 et voir tout le monde mettre son argent sous son matelas, cela ne me semble pas stupide. Racheter Airbus, Renault ou Thales pour qu'il ne devienne pas chinois ou saoudien, ce ne me semble pas idiot non plus.

Paul Pezant 07/03/2009 12:14

J’ai pris connaissance avec beaucoup d’intérêt de votre analyse de ce qu’il est maintenant convenu d’appeler la crise économique et financière car elle correspond largement à la mienne.
Comment en effet attendre une heureuse issue d’un nouveau round frénétique d’encouragement  à l’endettement par des gouvernements de pays ou le problème est précisément l’endettement excessif y compris vis-à-vis de pays « émergents » particulièrement asiatiques ?
 
Pourquoi n’en tirez-vous pas la conclusion que la sortie de la crise dépend pour une bonne part des pays qui ne sont pas eux englués dans l’endettement particulièrement des pays d’Asie au premier rang desquels la Chine. Il était un peu naïf d'attendre que le « découplage » des pays émergents de l’économie américaine puisse se produire comme par magie au moment qui convienne aux Etats-Unis et à l’Europe. Il n’est pas évident pour un wagon de passer en position de locomotive. Mais il y a de bonnes chances pour qu’un un pays comme la Chine ait  la masse critique, l’énergie et la solidité financière pour avoir un rôle majeur dans la solution à la crise actuelle.
 
Serait-ce cette vue anathème pour vous parce que l’état a un très grand rôle dans l’économie chinoise ?
 
Peut-être mon raisonnement est-il lui-même biaisé par le fait que je vis à 300 km de la Chine dans un pays dont l’économie basée sur l’exportation de matières premières est de plus en plus liée à la sienne.
 
 Paul Abel

nanard 17/02/2009 23:07

Nous allons probablement vers une phase déflation......mais en est-on si sûr ? N'y a-'til pas un risque de dévaluation de l'euro auquel cas le conseil de conserver du cash en 2009 ne serait pas le bon...Je ne sus pas connaisseur là dessus mais je sais que la BCE pourrait faire tourner la planche à billets...Qu'en pensez-vous ?

valerie 12/02/2009 07:07

La Chine a annoncé un plan de soutien au secteur du fret maritime. La construction de chantiers navals sera interdite pendant 3 ans et l'état va favoriser les banques à financer le commerce international

Dji 10/02/2009 12:09

Merci pour ta réponse Salomon, je vais surveiller de plus prêt mon tracker chinois.J'aurais bien aimé avoir aussi l'avis de Loïc sur cet article de la SG.Savoir si ça remet en cause le fait qu'il considère la Chine comme étant un des pays qui résistera le mieux à la crise.