Point sur l'économie US - septembre

Publié le par loïc abadie

La semaine qui vient de s'achever a amené son lot devenu « routinier » de faillites avec Washington Mutual, la 6ème banque US, qui a battu le record de la plus grosse faillite bancaire de l'histoire US...mais l'aspect bancaie de la crise ne doit pas nous faire oublier l'économie « réelle ».

1) Le PIB

- le PIB US a finalement augmenté de 2,8% en rythme annualisé au T2 2008.
Cette bonne performance est en réalité un trompe-l'œil : 

L'amélioration de la balance commerciale a eu un rôle essentiel au T2 2008 (contribution évaluée à 3% de croissance), ainsi que le « plan Bush » qui a consisté à donner 150 milliards de $ aux ménages US pour qu'ils maintiennent un trimestre de plus leur niveau de consommation.
Les exportations ont notamment effectué un bond de 15 % (favorisé par la faiblesse du $), et les importations ont reculé à cause de la crise qui freine la consommation des ménages US. (Voir cet article) .

Pour les trimestres à venir, on peut attendre des importations restant faibles, mais des exportations aussi plus faibles à cause du grand nombre de partenaires économiques des USA entrant en récession, et il n'y aura plus de « chèques Bush » tombant du ciel pour « booster » le PIB artificiellement.

Mais le point essentiel qui « cloche » dans les chiffres du PIB du T2 2008 est le déflateur choisi : ce déflateur mesure l'inflation sur les biens produits, qui sert de base à l'estimation du PIB en monnaie constante.
Cette inflation sur le prix des biens produits a été évaluée à 1,3% seulement en rythme annualisé au T2 2008, à un moment où l'inflation dépassait 5% (sur 12 mois glissants) et même 7% sur le T2 2008 en rythme annualisé. Cette « curiosité statistique » explique en grande partie l'étonnante tenue du PIB au T2 2008, et il y a très peu de chances qu'elle se répète par la suite, les courbes de l'inflation et du déflateur GDP étant en général voisines.
Article de seeking alpha

2) Les autres indicateurs
L'« exploit statistique » réalisé par le PIB ne doit pas masquer l'essentiel : Selon tous les autres critères, les USA sont en récession depuis plusieurs mois, sans doute depuis le début 2008, et cette récession est en train de monter en puissance : 

- L'immobilier continue sa plongée avec des ventes de logement neufs en chute libre, des ventes de logements anciens très faibles (malgré un apport artificiel lié aux ventes sur saisies qui génère 1/3 du volume total), et des stocks qui se maintiennent au plus haut.

- Les ventes de véhicules ont connu une baisse jamais observée depuis le début des années 90 (malgré un petit rebond en août) : voir ce graphique de la FED.
- Les ventes au détail, exprimées en monnaie constante chutent maintenant à un rythme de 3,5%/an, et elles constituent le cœur de l'économie US.

- Le chômage connait une progression très rapide, avec un pic de croissance mensuelle de plus de 800 000 chômeurs, ce qui n'avait jamais été observé depuis 1975.

Depuis mars 2007, le nombre de chômeurs a déjà augmenté de 39% aux USA, ce qui représente déjà 2 638 000 chômeurs de plus. Sur les seuls mois d'avril à août 2008, 1,75 millions de travailleurs ont perdu leur emploi, ce qui représente un accroissement de 23% du nombre de chômeurs en 4 mois. Nous pourrions dépasser les niveaux de 1980 si la crise se déroule comme attendu (flèche rouge que j'ai ajoutée sur le graphique).


Les commandes de biens durables exprimées en monnaie constante se sont aussi largement retournées à la baisse :
null

Retournement confirmé par le taux d'utilisation de la capacité industrielle, qui est en baisse depuis fin 2007...Sur ce graphique, on notera que les pics de chaque haut de cycle sur le taux d'utilisation sont de plus en plus bas depuis la fin des années 70, ce qui traduit l'affaiblissement à long terme de la dynamique économique au fur et à mesure que le cycle économique de long terme s'essoufle.
En conclusion : La récession a déjà des conséquences bien réelles aux USA, et il devient plus que difficile de nier son existence.
Et comme attendu, le système économique ne répond à présent plus à aucun des "traitements" que les autorités lui administrent (baisses de taux, renflouements de la FED ou du trésor US, plans de relance)...Tout simplement parce qu'on ne règle pas les problèmes d'un ménage surendetté en lui accordant un nouveau crédit ou en lui offrant une ou deux mensualités gratuites dans l'espoir que "ça s'arrange" !
Dans ce contexte, les niveaux de valorisation actuels sur le SP500 (PER à 23 et rendement de 2,4%) apparaissent bien déconnectés de la réalité.

Publié dans économie générale

Commenter cet article

pat 01/10/2008 20:32

merci pour cette réponse sans ambiguité.

pat 01/10/2008 18:26

voici un lien qui vient appuyer ce que j'écrivais plus haut, tiré d'un blog que vous connaissez sans doute :http://forcast.canalblog.com/archives/2008/09/30/10777985.htmlLa une des médias serait elle le son du canon ?   la question mérite d'être posée. cette phrase particulièrement est intéressante : "Les Bourses ne traduisent pas l’état des économies, mais la psychologie des investisseurs."

loïc abadie 01/10/2008 20:12



Tout dépend de votre horizon de placement. A court terme (quelques semaines), nous sommes sans doute proches d'un pic de pessimisme intermédiaire
et un rebond technique est effectivement envisageable pour cette raison (encore que pour moi la vague de baisse en cours a encore un peu de potentiel). C'est peut-être à cela que l'auteur du blog
que vous citez pense.


Mais à plus long terme, nous entendons actuellement tout ce qu'on veut sauf un vrai "son du canon".


Quand les rendements moyens sur le SP500 seront à 7-8% (2,4% actuellement, niveau historiquement bas), quand les PER moyens du SP500 seront sous les 10 (23 actuellement), nous pourrons parler
d'un vrai "excès pessimiste". Pour l'heure nous nageons encore en pleine euphorie irrationnelle sur les marchés...Et nous sommes à mon avis encore
bien loin du plus fort de la crise.


Une fois de plus, nous n'avons pas affaire actuellement à une récession classique, et les références aux récessions des années 80/90 ne sont ama pas applicables à cette crise.


Pour ma part je ne prends actuellement aucune position acheteuse (beaucoup trop risqué) : je me contente d'alterner des swings à la baisse et d'être cash quand je crains un rebond (que je n'ose
pas jouer vu la puissance de la tendance baissière de fond)...Je suis sans doute plus pessimiste que Forcast (dont je conseille le blog, ne serait-ce que pour avoir un point de vue nettement
différent du mien, mais bien argumenté)


 


 


 


 



julien 30/09/2008 20:21

Merci Loic, pour votre réactvité et votre réponse sur Boursorama. je n'avais effectivement pas pensé à orienter mon raisonnement sur cette dualité (essentielle pourtant !) banque d'épargne/banque de crédit. Quel est votre opinion sur la question récurrente dans cette file des fonds en euro d'A-V ? (car si ouverte depuis 8 ans voire 4 ans, c'est encore là qu'on trouve les meilleurs taux pour notre "cash" !)

pat 30/09/2008 18:36

bonjour,la panique actuelle est vécu comme la fin du marché baissier pour certains. Voici un article de fiorantino qui en témoigne:On n'avait vraiment pas besoin de cela!! Le rejet du plan par le Congrés, rejet qui devait être déjà anticipé par des opérateurs car le marché a baissé toute la journée est une mauvaise nouvelle. Mais la panique actuelle est absurde.On est clairement dans une phase de panique irrationnelleLa chute historique de Wall Street hier, l'effondrement des marchés européens ont marqué le paroxysme d'une panique irrationnelle. Certes la situation est inquiétante mais il est maintenant devenu évident qu'on surréagit. Les investisseurs réagissent avec le secteur bancaire comme ils réagissaient avec le pétrole à 150 dollars. A 150 dollars, il ne devait plus y avait de pétrole, et hier soir sur les marchés, il ne devait plus y avoir de secteur financier. Tout cela est absurde et typique d'un mouvement de panique qui marque le début de la fin de la criseIl y a quand même des éléments rationnels d'inquiétude, le plan paulson rejeté, les banques qui font faillite les unes aprés les autreC'est vrai. Je ne dis pas que la situation est rose. Mais il faut prendre un peu de recul. Le plan Paulson, probablement légèrement amendé sera adopté avant la fin de semaine, les banques sont inondées de liquidités mais hésitent encore à se les prêter mais ce n'est pas durable et les gouvernements réagissent en 48 heures pour nationaliser des banques alors que les processus de décision sont habituellement de plusieurs mois. Il a fallu un week end pour nationaliser Fortis, il a fallu deux ans ou presque pour créer Suez GDF. Je trouve même que les gouvernements surréagissent et accentuent l'ambiance de paniquePourquoi?On a vraiment l'impression qu'ils ont envie de nationaliser certaines banques. Il aurait mieux valu vendre Fortis à la BNP que la nationaliser, il vaudrait mieux vendre Dexia, car il y a des prétendants, plutot que de la renflouer avec l'Etat belge. Le marché s'amuse maintenant à désigner une nouvelle victime tous les jours puisqu'il sait qu'un gouvernement va la nationaliser directement ou indirectement. Il est temps de retrouver la raison et de reprendre son calme. La panique est mauvaise conseillère.MF Question:  qu'est ce qui pourrait encore arriver qui ne soit pas encore connu ou anticipé et qui justifierait que le CAC aille plus bas ?   (car la récession est connu, le ralentissement éco ....)

loïc abadie 01/10/2008 12:03


Bonjour, je pense au contraire que les marchés n'ont rien anticipé et sont en plein déni de la réalité. Les PER du SP500 à 23, les rendement ridicules en témoignent.
http://www.decisionpoint.com/TAC/SWENLIN.html Il n'y a à mon avis aucune panique...La preuve en est que même des analystes relativement pessimistes comme Fiorentino en sont encore à considérer que
cette crise est une récession classique.


marco 29/09/2008 22:22

Et Axa Banque, banque sur internet ?Bonjour,Votre page sur les banques ne fait pas mention des nouvelles banques comme Axa Banque. Etant adossée à une société d'assurance, il n'est pas forcément évident d'arriver à évaluer correctement l'exposition de ces établissements, ni les liens qu'il peut y avoir entre le métier de l'assurance (Axa Assurance) et celui de la banque (Axa Banque). Est-ce que l'un peut être mis en difficulté sans que l'autre soit touché ?Quel est votre avis ?