Economie US et crise : point de début mai

Publié le par loïc abadie

1) économie générale

Les dernières données publiées ne vont pas du tout dans le sens d'une fin de crise ou d'un point bas :

- Commençons par la plus importante, c'est à dire le PIB du T1 2008, en hausse de 0,6% en rythme annualisé : Bien qu'en recul très fort par rapport aux années précédentes, ce chiffre n'est pas encore négatif.

Derrière cette performance moins mauvaise qu'attendu il y a une cause précise expliquée par l'économiste Nouriel Roubini : Les stocks.

En effet les stocks non vendus de biens produits par les entreprises sont comptabilisés comme des ventes, et la hausse de ces stocks a généré 0,8% de PIB en plus au 1er trimestre 2008, et il en est de même pour les logements neufs construits et non vendus.

article de Nouriel Roubini

Sans ces deux éléments, le PIB serait largement en territoire négatif...et il est probable que ces stocks donneront un effet « boomerang » au T2 et ensuite  : Les entreprises réduiront leur production pour écouler les stocks invendus), réduisant cette fois le PIB.
Une chute du PIB (taux de croissance négatif) est donc à attendre à partir du 2ème trimestre dans ce cas de figure.

Ensuite un article intéressant de l'auteur du blog «sudden debt» sur l'indice du sentiment des consommateurs du Michigan.

Cet indice est tombé à un plus bas de 26 ans en avril, et comme il se trouve fortement corrélé aux dépenses de consommation des américains, il ne faut pas s'attendre à un rebond dans les mois à venir, au contraire.

Les ventes d'automobiles en avril, à un plus bas de 15 ans confirment d'ailleurs cette tendance.

Seul indicateur relativement positif  : l'ISM services qui s'est établi à 52, coupant ainsi une série de 3 mois sous les 50 (seuil utilisé pour définir une contraction de l'activité). Vu les autres indicateurs et la conjoncture immobilière, cette éclaircie a toutes les chances d'être temporaire.

2) L'immobilier

Aucun retournement de conjoncture n'est en vue et la situation continue de se dégrader, avec :

  • - Des ventes qui diminuent.

Les ventes de logements neufs qui ont chuté de plus de 8% en mars, la baisse depuis 2006 étant la plus forte jamais observée depuis que les statistiques existent (1963).
Graphique de la FED de St Louis.

  • - Des stocks qui augmentent

Les stocks de logements neufs à vendre se sont établis à un nouveau record en mars 2008, avec 11 mois de stock. Voici un graphique montrant l'évolution sur les 3 dernières années (on y voit le bond de 9,8 à 11 mois observé en mars 2008)



Une diminution de ces stocks sur plusieurs mois serait le premier signe fiable qu'un point bas a été atteint...pour le moment rien de tel n'est observé, au contraire !

 - Des saisies immobilières qui augmentent

Malgré les diverses mesures de la FED et du gouvernement US, les saisies immobilières ont progressé de 112% entre le T1 07 et le T1 2008, et de 23% sur un trimestre, selon le dernier rapport de realtytrac

graphique correspondant

Ces saisies viennent évidemment gonfler le nombre de logements à vendre, et renforcent l'excès d'offre par rapport à une demande qui elle-même se réduit.

- Des prix qui accélèrent leur mouvement baissier.

L'indice case shiller a baissé de 2,6% en février 2008 (dernier indice disponible).

Le rythme de baisse annualisé atteint 20,9% sur les 6 derniers mois, et 27% sur les 3 derniers mois, ce qui est pour le marché immobilier (habituellement caractérisé par des variations de longue durée mais lentes) tout à fait exceptionnel.


Face à ces tendances, ma position reste évidemment inchangée : rester liquide, ne surtout pas investir sur les marchés actions, ne surtout pas écouter les divers "experts" qui annoncent que le gros de la crise est passé.
Les marchés baissiers sont ponctués de rebonds techniques sans lendemain, celui qu'on observe actuellement en est un.

Enfin, il est tout à fait vrai que c'est quand les choses sont au plus mal qu'il faut réinvestir ses liquidités (et j'ai bien l'intention de le faire quand la crise à venir aura atteint son plein régime)...mais cette théorie ne s'applique pas à la période actuelle : parce que nous sommes bien loin du "pire" de la crise. Quelques explications :

Le taux de chômage progresse encore très lentement pour le moment aux USA.
Le graphique historique ci-dessous montre que même les petites récessions impliquent une hausse du chômage de 2 à 3% avec une phase de hausse très rapide qui marque le plus fort de la crise...nous n'en sommes qu'à 0,5%, et la hausse est pour le moment très modérée. Comme cette crise n'est pas une "petite récession", je pense que la hausse du taux de chômage sera cette fois nettement supérieure aux 2-4% observés habituellement.

Graphique du taux de chômage US...le pire est bien devant nous, pas derrière !

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Luc van Mulders 12/05/2008 15:20

Un stratégiste de très bonne réputation chez Fortis n'est effectivement pas des plus enthousiastes: - On a eu des marchés forts en mars et en avril parce que, hors secteur financier, les résultats des entreprises internationales se sont avérés meilleurs que prévu. Mais je pense que ce 'bear market rally'est terminé. On n'a plus rien à attendre du côté des taux et les prochains résultats trimestriels vont être assez décevants."   Selon cet analyste, les attentes sont tout simplement trop élevées: - Il y a un consensus sur une hausse de 5 % des résultats en 2008 et de 10 % en 2009… Mais je crois que beaucoup d'entreprises vont être obligées d'abaisser leurs prévisions."Il évoque effectivement les statistiques connues par Loïc : - Quand il y a une récession aux Etats-Unis, l'histoire montre que les résultats des sociétés perdent 20 % par rapport à leur plus haut (ici, le mois d'août 2007).Si il y a eu quelques bons chiffres aux Etats-Unis, hors secteur financier bien entendu, la faiblesse du dollar va continuer de peser sur l'économie européenne, comme tendent à le montrer les dernières indications sur la consommation en Allemagne". Et il continue par :- J'aimerais croire, comme je l'entends ça et là, que le pire est derrière nous et qu'il n'y aura pas de récession. Mais il m'en faudra la confirmation. Ma vision, c'est qu'on aura encore un marché plus bas que ces dernières semaines". Il se tourne à nouveau vers l'Histoire: - Quand on observe tous les 'bear market rallies'depuis 1973, on constate qu'ils durent 35 jours et qu'ils se concluent par une hausse de 12 ou 13 % par rapport à leur plus bas. C'est exactement ce qu'on a eu aux Etats-Unis, et on a même eu droit à un peu plus en Europe. Cela devrait s'arrêter maintenant." A moins que… - Si au contraire on monte encore de 5 ou 6 %, alors ce n'est plus un 'bear market rally'et toute notre stratégie est à revoir, de même que le niveau des fondamentaux et des résultats d'entreprises." En ce qui concerne les autres banques Belge Dexia et KBC (il ne s'exprime même pas au sujet de Fortis), l'analyste reste assez confiant alors que les financières internationales boivent à nouveau la tasse. Son département reste positif sur les deux valeurs, qu'il continue de recommander à l'achat.Ma conclusion, ce stratégiste est un mélange de Loïc et de moi.Luchttp://osezserfix.spaces.live.com

Luc van Mulders 11/05/2008 12:18

@ tonneau,Bien, très bien même. Mais qui es-tu donc ? Un sage ;o))@ Loïc,Tu m'as (presque) convaincu ... Wait and see.Bien à toi,Luc

Luc van Mulders 10/05/2008 18:17

@ tonneau,Bien, tès bien même. Mais qui es-tu donc ? Un sage ;o))@ Loïc,Tu m'as (presque) concaincu ... Wait and see.Bien à toi,Luc

tonneau 10/05/2008 15:02

Pour qu'il y ait une inflation, il faut une hausse du niveau général des prix.Pour évaluer le taux d'inflation on utilise : l'indice des prix à la consommation.Les économistes et industriels l'ont bien compris, on parle de "cheaper labor market". C'est pourquoi leur politique sera de "expand free trade to news countries".Si le Salvador demande une augmentation de salaire, les industriels se déplaceront en Colombie et ainsi de suite.Quant à l'or, loïc en parle très biendans son livre. Ceux qui disent que l'or est une couverture contre l'inflation OK si "l'inflation est très grande et inattendue".Ceux qui disent que l'or est une couverture contre la déflation, ok "dans le cadre d'un étalon-or, où le prix est fixé par la loi.Citation d'un sage "Be careful when you buy gold and then hear  incomplete arguments that persuade you that gold is beyond the forces of supply and demand. It isn't. 

baronnoir 10/05/2008 13:04

Trés bonne Analyse, comme d habitude !! mais la grande bagarre sur le blog de Roubini en ce moment c est inflation/déflationPerso je crois que l on est revenu en 70, inflation,inflation on verra, FEDEX va trés bien...avec les cours du brut à 126 !!