Le point sur l'économie US : mars

Publié le par loïc abadie

Ce début de récession aux USA peut sembler pour le moment paradoxal :

D'un coté on a une crise déjà très puissante sur l'immobilier et le secteur financier, qui est déjà la plus importante des 40 dernières années, tout en sachant qu'on est encore loin du point bas.
De l'autre côté, la contagion à l'économie réelle, en particulier aux secteurs clés que sont la consommation et l'expansion du crédit existe, mais reste pour le moment très modérée.

Voyons cela plus en détail :

Pour l'immobilier, ce graphique sur les mises en chantiers de logements individuels situe bien l'ampleur de la crise, qui devrait dépasser largement tout ce qui a été observé depuis l'après-guerre.



Les prix suivent à présent le mouvement, avec un déclin sur l'indice des prix Case-Shiller qui dépasse les 10% en rythme annuel et s'accélère chaque mois.

Les stocks de logements à vendre continuent à progresser, il n'y a donc aucune amélioration à attendre, au contraire : avec des invendus qui s'accumulent, et des ventes forcées sur saisies immobilières qui saturent le marché, les vendeurs vont devoir baisser les prix encore plus vite.


données : census bureau.

Côté financier, les pertes officiellement reconnues s'élèvent déjà à 232 milliards de $ d'après ce tableau récapitulatif. 

Et une estimation de Goldman Sachs prévoit qu'elles dépasseront 1200 milliards de $ (plus de 8% du PIB US). Il y a moins d'un an, les estimations de ces mêmes pertes allaient de 30 à 100 milliards au maximum, ce qui en dit long sur les capacités des experts à prévoir l'ampleur de la crise en cours !
(Dans un prochain article de ce blog je donnerai une estimation personnelle des pertes potentielles sur les prêts immobiliers par une approche basée sur les "negative equity").

En face de ces deux crises très sévères (immo et finances), les ménages parviennent encore à augmenter leur endettement : l'expansion est moins rapide depuis 2007, mais continue, à un rythme de 7% par an.
Le graphique ci-dessous s'arrête à décembre 2007, mais les données disponibles sur février et début mars (stats H8 de la fed) indiquent que la tendance se maintient encore.



La consommation des ménages commence à être touchée, avec des ventes au détail qui reculent légèrement en monnaie constante et viennent de passer sous la barre du 0 depuis le début 2008 :


Mais nous sommes encore loin d'une situation de récession sévère.
Les magasins continuent de présenter des ventes assez soutenues, comme le montre le
dernier point de shoppertrack, qui signale une hausse des ventes de 6,4% pour les 3 premières semaines de mars, aidées cependant par les fêtes de Paques.

Cette situation paradoxale conduit évidemment une majorité d'experts à prévoir une "mild recession", c'est à dire une récession douce, qui durerait quelques mois avant une reprise économique dès le second semestre 2008.
Mon analyse est évidemment totalement opposée, la récession actuelle est effectivement légère...comme elle l'était au 1er semestre 1930, juste avant la grande dépression qui a sévi de fin 1930 au début 1932.
Il ne faut pas croire aux miracles, et notamment que 20 ans d'excès et d'expansion anarchique du crédit vont être corrigés par une mini-récession de quelques mois...cela n'a aucun sens !

Les experts ont nié l'existence de la crise et la récession en 2007...à présent ils la minimisent comme attendu. Mais la vraie dégradation est déjà en préparation :
La confiance des consommateurs a touché un plus bas de 35 ans au niveau des anticipations, en passant sous la barre des 50 :



Et le consommateur a de plus en plus de mal à maintenir son train de vie, avec des défaillances sur le crédit à la consommation qui augmentent rapidement :
Article de calculated risk.

Il ne faut donc pas se tromper sur le rebond actuel des marchés...il pourrait durer encore éventuellement quelques semaines, et amener le CAC dans la zone des 5100-5200 et l'eurostoxx vers 3900 pts. Nous entendrons alors sans doute fleurir les analyses sur le thème "le pire est derrière nous", "les décisions de la FED commencent à produire leurs effets".

En réalité, ce rebond devrait offrir une dernière porte de sortie aux retardataires qui n'ont pas encore vendu, et une opportunité sans précédent pour prendre des positions baissières sur la baisse des marchés à venir (je détaillerai cela dans un prochain article). La vraie crise, qui ne sera pas une "mild-recession" commencera quand l'expansion du crédit prendra fin...Et c'est probablement pour très bientôt !

Publié dans économie générale

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Jonathan Balsamo 16/05/2008 14:29

Si je comprend ta conclusion de ton article , laréduction du crédit va amener les USA à une récession ?

loïc abadie 25/05/2008 19:23


Oui, c'est exactement cela.


Vincent Schwander 07/04/2008 20:59

bonjour à tous.une petite info terrain.près de chez moi, un lotissement de 300 parcelles prêt depuis sept 07 n'a vu construire actuellement que 60 maisons. sur les 240 autres, ily a eu 150 refus de prets ... imaginez la situation financière du lotisseur ...par ailleurs, dans les campagnes, les panneaux "à vendre" commecent à fleurir ...Vincent

arbras 07/04/2008 13:32

Y a t'il d'autres estimations que celles de Goldmas Sachs pour evaluer le montant des pertes totales liées aux subprimes au delà de 500 milliards? ou sont ils seuls?

gugus 06/04/2008 19:24

La crise des subprimes est terminée, Ben, comme tous les autres avant lui depuis 80 ans, a nationalisé les pertes après avoir privatisé les gains.Saviez vous qu'il est possible d'affirmer que le nombre de déclinologues est resté assez constant en pourcentage de la population totale depuis l'antiquité ?http://econoclaste.org.free.fr/dotclear/index.php/?2006/07/18/578-adam-smith-et-le-declinismeComme tout ce qui touche aux marchés, c'est aussi une affaire de psychologie humaine.Et l'immobilier en France ? Seule madame Irma sait comment cette bubulle va être "épongée"....

gigi75 06/04/2008 18:18

Je ne crois pas une seconde que le "crédit" va s'arrêter. Ce qui est clair, c'est qu'on prêtera à son juste prix, et non à n'importe quel prix comme c'était le cas en 2005-2006, en transférant ensuite le risque aux "financiers". C'est ce transfert de risque qui a provoqué la chute: Quand vous n'êtes pas responsable, et que vous passez la patate chaude, qu'est-ce qui vous retient de prêter à tord et à travers ?L'économie tourne sur le principe de rotation de l'argent (et donc de prêt). Sans transfert, plus d'économie. Ce n'est souhaitable pour personne, et je pense que les institutions financières feront tout pour éviter la cascade, et les faillites en dominos. Avant tout, c'est une affaire de confiance, et il faut absolument la rétablir.http://gigi75.over-blog.com/