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Dimanche 17 février 2008
Alors que les marchés semblent se stabiliser, il est intéressant de faire un point sur le secteur obligataire et notamment sur les spreads de taux qui sont une bonne mesure de l’aversion au risque des investisseurs.
 
Voici  une série de graphiques montrant les spreads de taux, c’est à dire la différence de taux, entre les obligations de catégorie Baa (obligation à niveau de risque intermédiaire) et les bons du trésor à 10 ans ou les obligations AAA (qualité maximale).
 
D’abord un graphique qui porte sur la période 1919-2008 avec les spreads entre obligations Baa et AAA…Il nous montre que la remontée actuelle des spreads Baa-AAA reste encore modeste (un peu au dessus de 1%) si on la compare à ce qui a été observé pendant la période inflationniste des années 70, et surtout pendant la période de crise des années 30. Il y a une grande marge à la hausse.

spread-Baa-TLT.jpg
 
Maintenant un graphique sur environ 50 ans sur les spreads entre obligations Baa et bons du trésor.
Le niveau d’aversion au risque y apparaît déjà élevé et surtout la hausse a été très rapide (120 points de base en 6 mois). Des mouvements de cette importance (120 points de base, 150 en réalité si on prend en compte février 2008) aussi rapides n’avaient pas été observés depuis le début des années 80…et nous ne sommes pourtant qu’au début de la crise, dans un contexte ou l’environnement économique général (hors secteurs bancaires et immobilier) reste peu dégradé.
 
spread-Baa-LT.jpg


Pour finir, un zoom depuis le début 2007, qui montre en détail la hausse des spreads obligataires depuis la fin juillet 2007 : la première réaction de la Fed avait temporairement rassuré un peu les investisseurs entre septembre et octobre, mais depuis, la Fed (ainsi que le gouvernement des USA) semble avoir perdu toute sa crédibilité : les baisses de taux massives et le plan Bush n’ont strictement rien changé au mouvement de fond, qui a conduit déjà les spreads à augmenter de 150 points de base en 6 mois…Pour beaucoup d’entreprises, cela signifie aussi des conditions d’accès au crédit plus difficiles : les taux des bons du Trésor baissent bien un peu, mais pas ceux de la plupart des obligations à niveau de risque intermédiaire.

spreadBaa-CT.jpg
 
Ces graphiques portaient sur les secteurs généraux de l’économie.
Evidemment sur l’immobilier et les crédits hypothécaires, l’aversion au risque continue aussi d’augmenter, de façon encore plus marquée : Sur les obligations AA4 (qui représente pourtant un niveau de qualité élevé), la hausse atteint cette fois 450 points de base depuis la fin octobre, et 200 points depuis le début février.
 
Le marché obligataire anticipe donc clairement une dégradation à venir de la situation, que ce soit sur l’immobilier ou l’économie générale.
 
 
 
 
par loïc abadie publié dans : psychologie des foules
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Mercredi 6 février 2008

L'ISM services, indice qui mesure l'activité non manufacturière aux USA (c'est la part la plus importante de l'économie aux USA) a plongé de 54,4 en décembre 2007 à 41,9 en janvier 2008, jamais une baisse aussi brutale n'avait été observée depuis l'existence de cet indice en 1993.

Un indice en dessous de 50 indiquant une contraction de l'activité, c'est un élément de plus en faveur de ceux qui pensent (j'en fais partie) que la récession a déjà débuté aux USA, en décembre 2007 ou janvier 2008. 

Article 1 (cercle finance / boursorama)
Article 2
 (Bloomberg)

Il faut habituellement un délai de 6 à 8 mois après le début de la récession pour qu'elle soit officiellement déclarée et reconnue par le NBER).


ISM08-copie-1.jpg



La vitesse a laquelle l'ISM a chuté est aussi un élément qui confirme que la dégradation en cours a toutes les chances d'être beaucoup plus puissante que les récessions observées au cours des 25 dernières années.

Le système bancaire, déjà fragilisé malgré un environnement encore peu dégradé va devoir faire face à une pression de plus en plus forte : Cette fois les défaillances ne seront plus limitées aux subprimes ou montages plus ou moins exotiques comme les SIVs, mais elles vont s'étendre progressivement à tous les acteurs économiques : 

- Emprunteurs "prime" et "Alt-A" (il y a aussi de nombreux prêts exotiques et à haut risques chez ces emprunteurs), et tous les ménages ayant des prêts à la consommation qui verront leurs revenus baisser à cause de la crise.

- Industries et commerces qui seront frappées par la chute de la consommation avec faillites à la clé.

- institutions financières et assurances.

Ce qui devrait nous alerter particulièrement sur la puissance potentielle de la crise qui débute est le fait que des banques ayant un rang de leader mondial comme Citigroup sont déjà en difficulté alors que les conditions économiques commencent à peine à se déteriorer.

par loïc abadie publié dans : actualité
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Dimanche 3 février 2008
Voici une actualisation pour l’année 2007 sur la croissance du crédit dans les pays de la zone euro.

Le niveau d’endettement global et celui des ménages reste inférieur à celui des USA et de l’Angleterre (environ 100% du PIB pour la dette des ménage de ces deux pays) même si 4 pays se rapprochent du niveau atteint aux USA avec 80% du PIB. 
La France à 47% du PIB est moins endettée, mais quand même à des niveaux jamais atteints auparavant dans son histoire.

dette-m-nage-euro-07.jpg
données : Banco de Espana / BCE

Le point le plus important en 2007 est l'accélération spectaculaire de la croissance du crédit en Europe comme le montre ce graphique : 

croissance-dette-euro-07-copie-1.jpg

données : Banco de Espana / BCE
 
La majorité des pays européens ont vu leur endettement global (privé + public) augmenter à un rythme supérieur à 10% par an, et avec une croissance du crédit de 17%/an, la France figure dans le peloton de tête.
A titre de comparaison, la croissance de l’endettement global aux USA s’est faite sur un rythme de 8 à 10% en 2007.
 
La dette des ménages a aussi augmenté à un rythme très soutenu, 10,5% du PIB en France par exemple.
L’Allemagne continue de faire « cavalier seul » avec une dette des ménages qui a légèrement diminué et une croissance de la dette globale de 5,9% seulement (à peine supérieure à celle du PIB en monnaie courante).
 
 
Passons au point le plus important : la dépendance des économies vis à vis de la dette.
Le graphique ci-dessous nous montre l’augmentation de la dette en 2007, exprimée en pourcentage du PIB.

dette-europe-2007.jpg
données : Banco de Espana / BCE
Aux USA, pays à « la pointe » de la bulle de crédit, ce ratio était de 29% : la hausse de la dette en 2007 et les liquidités artificielles associées ont représenté 29% du PIB US en 2007…à comparer aux 2 à 4% de croissance observés jusqu’ici dans ce pays.
 
A ce niveau 2007 marque un changement en Europe, puisque plusieurs pays atteignent à présent un niveau de dépendance au crédit équivalent à celui des USA. La France, avec un ratio de dépendance de 29% se situe en tête des grands pays de la zone euro, et seule la Belgique nous dépasse un peu avec 33,5%.
La relative bonne performance des économies de la zone euro en 2007 ne doit donc rien à une amélioration réelle des fondamentaux…comme aux USA, ce n’est qu’une croissance virtuelle, entièrement achetée à crédit, et dont on voit mal par quel miracle elle pourrait résister à un ralentissement ou un arrêt de l’expansion anarchique du crédit.
Aux USA, il faut environ 4000 milliards de $ de dette en plus chaque année pour faire tenir la machine…pour la zone euro, en 2007 il a fallu 2800 milliards. Auxquels il faudrait ajouter les « scores » du royaume uni et des autres pays d’Europe hors zone euro.
 
Un dernier petit calcul intéressant pour la France : la dette globale a augmenté de 545,7 milliards d’euros en 2007. Si on rapporte ces chiffres à un ménage de 4 personnes (un couple et deux enfants), cela représente environ 2850 euros mensuels de dette en plus. Environ 2 SMICs…données qui laissent songeur sur la « solidité » du système actuel.
 
D’après Christine Lagarde, « l’économie européenne et en particulier au sein de l’eurogroupe est fondamentalement différente de l’économie américaine »…a-t-elle regardé les dernières statistiques de la BCE ?
 
 
 
 
 
 
par loïc abadie publié dans : économie générale
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