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Dimanche 20 janvier 2008
Ils s’appellent « monoliners », « monoline » ou « réhausseurs de credit », et on entendra de plus en plus parler d'eux à l'avenir. Sans doute pas en bien.

Ce sont des compagnies qui garantissent des crédits divers (collectivités locales, immobilier, crédit à la consommation).
Les deux sociétés leaders de ce secteur s’appellent MBIA et Ambac.
Jusqu’à ces dernières années, ces sociétés se contentaient d’assurer principalement des crédits publics (municipalités et autres collectivités), donc à priori à risque faible.
Mais les choses ont changé et elles se sont lancées progressivement dans l’assurance de crédits beaucoup plus risqués, comme les obligations hypothécaires ou les crédits à la consommation.
Cela a alors permis à de nombreuses banques de « changer le plomb en or » : MBIA et Ambac bénéficiaient de la notation maximale AAA, réservées aux institutions financières et obligations les plus solides. Toute dette qu’elles assuraient obtenait alors automatiquement cette notation, quelque soit sa qualité.

Une banque qui détenait un panier d’obligations à risque et de faible qualité (noté par exemple BB, ou même des subprimes) pouvait le faire assurer par un monoline et le transformer ainsi en obligation AAA, ce qui lui donnait une valeur beaucoup plus grande dans son bilan
.
 
Le problème est que ces monoliners sont très fragiles et incapables de faire face à une dégradation un peu sérieuse des conditions économiques : Ils assurent en effet selon les chiffres de Nouriel Roubini 3300 milliards de $ de crédit avec seulement 22 milliards de capitaux propres, soit un effet levier de 150…C’est un peu comme si vous donniez 1000€ de caution à votre banque pour un prêt de 150 000€ .

Comment moody’s, Fitch et les autres agences ont-elles pu accorder une notation AAA malgré une telle prise de risques ? Probablement à l’aide de modèles mathématiques sophistiqués qui permettent d’éviter le recours au bon sens.
 
La dégradation des conditions économiques et du marché du crédit a évidemment déjà commencé à mettre ces monoliners en difficulté, un « petit » réhausseur de crédit(ACA) s’est retrouvé en décembre au bord de la faillite et a vu sa notation passer de A à CCC, avec des premières pertes estimées à 2,2 milliards par rapport à des fonds propres de 0,6 milliards…26 milliards de crédits ont alors perdu leur garantie et leur valeur a chuté fortement : l’or est redevenu du plomb dans le bilan des banques qui avaient utilisé ACA comme assureur.
 
Mais maintenant, on passe à la vitesse supérieure, puisque c’est le N°2, Ambac qui a vu sa note dégradée de AAA à AA (pour commencer) : l’article de la Tribune sur le sujet.
 
Une bonne partie des crédits assurés par Ambac détenus par diverses banques vont donc voir aussi leur note dégradée de AAA à AA et leur valeur chuter en conséquence.

En cas de disparition de la garantie des monoliners, les pertes immédiates (diminution de valeur des crédits dans le bilan des banques) sont estimées pour le moment à 200 milliards de $ selon l'économiste David Roche (Financial Times.).
Sans oublier que chaque $ de fonds propres en moins dans une banque conduit potentiellement à réduire d'environ 10$ sa capacité à produire de nouveaux prêts.
 
En attendant, le cours de MBIA (n°1 du secteur) a été divisé par 10 en trois mois, et les monolines sont à la recherche de capitaux pour « renforcer leurs fonds propres »

mbia.jpg
 
 
 
 
par loïc abadie publié dans : économie générale
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Samedi 19 janvier 2008

Les déclarations récentes de Bernanke et du président Bush marquent une nouvelle étape dans la crise qui frappe les USA et commence à faire sentir ses effets en Europe : 

En 2006, et même sur une bonne partie de 2007, les dirigeants des USA considéraient que le problème n'existait tout simplement pas : 

Selon eux, l'économie était robuste, les fondamentaux solides, les bénéfices des entreprises florissants et le risque parfaitement maîtrisé.

Cette fois, face à déterioration de plus en plus rapide des conditions, ceux-ci bien sont obligés de reconnaître l'existence d'un problème sérieux : 

Bernanke vient à demi-mot de reconnaître l'impuissance de la FED par cette petite phrase : 
"des aides fiscales et monétaires ensembles pourraient constituer un meilleur soutien que des décisions monétaires seules"...ce qui est une façon diplomatique de dire que la FED et ses baisses de taux ne pourra pas faire grand chose (ce que nous savions déjà depuis pas mal de temps !).
Il vient également de "refiler la patate chaude" au président Bush en lui "suggérant"  la nécessité un plan d'urgence.

De son côté, Bush a répondu présent et propose un plan de 145 milliards de $, axé sur des déductions fiscales pour les ménages et entreprises.

Nous entrons donc maintenant dans une période ou les dirigeants et experts reconnaissent le problème, mais refusent de voir sa vraie nature : 
Le vocabulaire employé par la majorité des analystes est révélateur de leur incompréhension du phénomène : "crise bancaire", "crise des subprimes", "crise financière".
Comme ce n'est donc pour eux qu'une "crise des subprimes", alors effectivement on comprend que le problème ne leur paraît pas si grave : au pire 400 ou 500 milliards de pertes à compenser sur 3 ans, ou 150 milliards par an : le plan Bush suffirait dans ce cas, après tout 400 ou 500 milliards de déficit budgétaire n'augmenterait le ratio dette publique / PIB des USA que de 3% sur 3 ans, autant dire pas grand chose (et cela pourrait même être compensé en partie par un désengagement sur l'Irak).
Cette analyse fausse au départ amène à des conclusions fausses : la croissance aurait quelques ratés au 1er semestre 2008, ou sur 2008 dans le pire des cas, et repartirait une fois le problème "subprime" réglé...et tout continuerait ensuite comme avant. Un peu comme un gros épisode "LTCM", du nom du hedge fund qui avait provoqué une petite crise financière en 1998.

Mais en réalité, ce que nous observons est une crise du crédit et de la consommation au sens large (crise systémique), c'est à dire que le système basé sur une expansion du crédit à 4000 milliards de $/an et un taux d'épargne des ménages nul est en train de caler.
Nous avons alors un problème à 4000 milliards de $ par an au lieu de 150 milliards...et plus si le crédit se contracte. Et là, il dépasse largement les moyens d'action de Bush ou de la FED.

Qui peut croire sérieusement après un minimum de réflexion que le crédit pourra augmenter comme avant sans le support de la hausse de l'immobilier, sans le support des crédits à risque, et dans un environnement où chaque $ de fonds propres détruit au sein des banques par les dépréciations d'actifs à risque diminue de 10$ la capacité de ces banques à produire de nouveaux prêts ?

En France,  nos dirigeants sont encore dans le même état d'esprit que ceux des USA en 2006 : Le problème n'existe tout simplement pas chez nous, et la France se situe sur une autre planète !

Quelques citations amusantes à relire dans 2 ou 3 ans :

De Nicolas Sarkozy (janvier 2008) : "On n'est pas dans une récession, la France tient mieux que les autres, on est dans une croissance autour de 2%, nous avons des chiffres d'emploi qui sont excellents et un taux de chômage qui n'a jamais été aussi bas"...Oui, exactement comme aux USA en 2006 d'ailleurs.

De Christine Lagarde (janvier 2008) : "Les marchés financiers et monétaires se trouvent dans un processus d'amélioration graduelle"...Les petits porteurs seront donc très heureux d'apprendre qu'ils ont lu à l'envers les graphiques du CAC40.

Un point sur l'actualité pour finir : 

- Les pertes bancaires officiellement reconnues pour le moment se montent déjà à plus de 100 milliards de $ selon David Gaffen du Wall Street Journal. Un petit début.

- Les mises en chantier ont reculé de 14% en un mois et de 38% en un an, l'allure graphique de cette baisse (vitesse et ampleur) rappelle pour le moment celle de 1975, mais elle risque de dépasser par la suite tout ce qui a été observé jusqu'ici.

house-starts.jpg

- L'indice Philly Fed a plongé brutalement en janvier, pour passer en dessous du seuil de -20. 
Ce seuil n'avait pas été atteint depuis la récession de 2001 et a souvent indiqué dans le passé (depuis 1970) les récessions. Ce n'est pas un indicateur avancé, dans le passé, quand cet indice a franchi cette barre des -20, l'économie était déjà en récession ou sur le point d'y entrer.

Philly-copie-1.jpg


par loïc abadie publié dans : actualité
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Mardi 15 janvier 2008
Des supports essentiels ont été cassés sur le CAC40 ces derniers jours, comme le montre ce graphique : 

CAC40.JPG

La ligne de cou d'une figure en ETE (épaules-tête-épaules) un peu inclinée a été franchie à la baisse, la moyenne mobile 30 semaines (ligne rose sur le graphique) est bien installée en tendance baissière : 
La dégradation du contexte économique s'est donc comme prévu traduite par un retournement sur les marchés boursiers.
Le fait que cette cassure de supports importants soit intervenue la 1ère quinzaine de  janvier, période traditionnellement haussière en renforce encore la portée.

Ceux qui sont en cash, avec un peu de produits baissiers type BX4, comme conseillé dans le blog n'ont évidemment rien à craindre de cette tendance, au contraire, le tracker BX4 ayant déjà progressé de 12% depuis le 1er janvier 2008 !

La séance d'aujourd'hui et celles des jours à venir pourraient signer un excès baissier à court terme, et on pourra donc prendre des bénéfices sur les BX4 ou autres produits baissiers cette semaine, en attendant un rebond technique pour revenir.

Si la dégradation du contexte économique se poursuit comme prévu dans le blog aux USA, puis en Europe, ce marché baissier a toutes les chances de durer plusieurs années, pendant lesquelles il vaudra mieux rester en cash, et profiter de chaque rebond du marché pour prendre quelques positions baissières et optimiser ainsi les performances de son épargne...

Du coté des fondamentaux, il n'y a évidemment aucun signe d'amélioration : les ventes au détail aux USA (-0,4% en décembre) confirment après les autres indicateurs que ce pays se situe déjà au bord du seuil de la récession.

De plus en plus d'analystes, dont certaines grandes banques comme Goldman Sachs, commencent maintenant à prononcer ce mot qui était quasiment tabou au début 2007. L'ancien dirigeant de la FED, Alan Greenspan estime ainsi que les USA sont en récession ou sur le point d'y entrer (après avoir beaucoup oeuvré pendant sa présidence pour gonfler la bulle de crédit américaine, c'est donc un "connaisseur" si l'on peut dire !).

Une dernière chose : plus que jamais, il vaut mieux être méfiant sur l'or et les matières premières, croire que ces actifs résisteront à la chute de consommation associée à une récession massive aux USA et en Europe, et que les pays émergents seront capables de compenser cette chute en maintenant leur croissance intacte pendant que leurs clients occidentaux leur font défaut est un pari plus que risqué...qui a de grandes chances d'être perdant (au moins dans un premier temps) quand la récession se généralisera.
par loïc abadie publié dans : conseils et stratégies
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Dimanche 6 janvier 2008
Le chômage aux USA a atteint la barre des 5% au mois de décembre, d’après les dernières statistiques publiées vendredi…Les marchés ont réagi assez brutalement, avec des baisses de près de 2% sur le Dow Jones et 3,77% sur le Nasdaq.
Pourtant, 5%, ça ne semble pas bien grave, et cela pourrait même représenter une belle performance, surtout pour nous autres français qui sommes englués dans un taux de chômage entre 8 et 10% depuis plus de 20 ans "grâce" à un marché du travail très rigide et un modèle à forte composante étatiste.
 
En fait ce n’est pas le taux en lui même qui fait peur aux marchés, mais le signal que forme la courbe du chômage depuis 2 ans :*

ch--mage-taux.jpg
Si on regarde ce graphique sur les 60 dernières années, on s’aperçoit que chaque récession (bandes grisées), sans exceptions, a été précédée par une figure en creux sur le taux de chômage : 
Après une période de baisse, un creux se forme sur deux ou trois ans, puis le chômage commence à remonter lentement…dès que le retournement à la hausse est confirmé (hausse de plus de 0,5% du taux de chômage par rapports aux plus bas du creux), la récession est imminente, avec un délai maximum de quelques mois. Parfois elle se produit même plus tôt.
Justement, les statistiques de décembre confirment, avec l’accélération de la hausse du chômage le retournement à la hausse de la courbe.
Si on suit cet indicateur, qui a prévu correctement toutes les récessions précédentes, l’entrée en récession des USA est imminente, et va se produire dans un délai maximum de quelques mois…Ce scénario est évidemment renforcé par l’indicateur des permis de construire, déjà présenté ici, et qui pointe aussi vers une récession imminente.
Nous verrons dans les mois à venir si ces indicateurs restent d'actualité...en tout cas le risque est bien là et les marchés semblent l'avoir perçu !
l’ISM manufacturier indique aussi que le secteur manufacturier s’est contracté en décembre, à un plus bas depuis 2003 et va dans le sens d'une récession, mais cet  indicateur est moins fiable que les précédents.

Toujours sur le taux de chômage, on remarquera que le creux de 2005-2006 s'est fait à un niveau plus élevé que le creux de 2000. C'est sans doute le signe d'un retournement plus profond, et d'une dégradation de l'environnement économique sur une échelle de temps supérieure (fin d'un grand cycle de croissance qui a débuté en 1980). 
La courbe va en tout cas dans le sens de ce qui est présenté dans ce blog : celui d'une crise économique beaucoup plus profonde et sévère que les petites récessions qui ont émaillé les 25 dernières années.
par loïc abadie publié dans : actualité
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